Les ravages infligés à la nature n’ont pas pour origine le besoin matériel des humains, mais leurs fantasmes institutionnalisés de toute-puissance, engendrant les conflits technologiquement augmentés qui les engloutiront tous s’ils persévèrent à en dépendre.
Le retour de Donald Trump à la tête de la première puissance mondiale – accompagné cette fois-ci d’Elon Musk, le technolâtre le plus influent du monde – est perçu comme un séisme, que les médias européens présentent sous les traits de l’émergence soudaine de l’autoritarisme, de l’impérialisme et de l’obscurantisme. Que les états-Unis s’apparentent à un empire en voie de décrépitude (et donc aux abois) n’est pourtant pas nouveau, pas plus que la tendance à l’autoritarisme (la surveillance électronique de la NSA, par exemple) ou le déni des vérités scientifiques susceptibles d’entraver leur volonté de puissance militaro-industrielle (elle-même issue d’autres vérités scientifiques)[1]. La même tendance et le même déni hantent pareillement l’Europe et la France.
La personnalité de l’individu, jouant la farce de l’« homme providentiel » et associant la cruauté gratuite et l’instabilité mentale aux expressions d’omnipotence, ne doit pourtant pas faire oublier que ses prétentions ont une signification qui la dépasse. La violence axée sur la puissance nationale et la mobilisation religieuse (évangélique) et identitaire des masses s’inscrivent en effet dans la violence structurelle et irrationnelle de l’industrialisme. Et celle-ci, tout à la fois, engendre le désastre écologique, en découle et promet de le conduire à son terme.
DÉSASTRE ÉCOLOGIQUE & INTENSIFICATION DU BELLICISME
Nous possédons environ 50 % des richesses du monde, mais seulement 6,3 % de sa population. Notre véritable tâche dans la période à venir est de concevoir un modèle de relations qui nous permettra de maintenir cette position de disparité sans porter préjudice à notre sécurité nationale. Pour ce faire, nous devrons nous débarrasser de toute sentimentalité et de toute rêverie, et notre attention devra être concentrée partout sur nos objectifs nationaux immédiats. Nous ne devons pas croire que nous pouvons nous offrir aujourd’hui le luxe de l’altruisme et du bien-être mondial. Nous devrions cesser de parler d’objectifs vagues et irréels, tels que les droits de l’homme, l’élévation du niveau de vie et la démocratisation. Le jour n’est pas loin où nous devrons utiliser des concepts de pouvoir purs et durs. Moins nous serons gênés par des slogans idéalistes, mieux ce sera.
George Kennan, 23 février 1948[2]
Du 16e au 18e siècles, les sociétés européennes (puis les colonies de peuplement européen) se sont organisées à partir de la connexion à double sens où l’accumulation du capital à la fois conditionne et est conditionnée par les exigences de l’état-nation et notamment de sa capacité guerrière, nourrissant le progrès technoscientifique et s’en nourrissant. Ce système unissant la contrainte, le capital et la science s’est confortée au cours des derniers siècles, aboutissant à l’industrialisation des activités matérielles et aux guerres et génocides industriels. Au-delà de la « paix de cent ans », le 20e siècle a été marqué par les deux Guerres mondiales, amenant les principaux états à donner une place centrale et auto-reproductive aux complexes scientifico-militaro-industriels. Et, malgré la fin de la Guerre froide et la mondialisation des échanges commerciaux, une nouvelle course technologique et budgétaire aux armements s’accélère depuis le début du 21e siècle[3]. La dynamique industrielle est une lutte pour la puissance, au sein de laquelle les conflits pour la possession de la terre se sont transformés en conflits pour la conquête des ressources naturelles stratégiques, faisant de la nature le bouc émissaire du développement technoscientifique, industriel et militaire. Innovation européenne, cette lutte recouvre à présent la totalité de la surface de la Terre.
Le caractère explosif de la manie réciproque et paranoïaque d’obtenir toujours plus d’efficacité et de puissance, c’est-à-dire plus de pouvoir politique et plus de richesses – le fer et l’or s’alimentant mutuellement – s’est accompagné de tentatives d’autorégulation. Au sein des états les plus puissants, la limitation de l’état de police par la reconnaissance de la liberté privée et l’intégration planifiée des populations au « programme de vie bourgeois » (Joseph Schumpeter) ont permis l’avènement de la société de surconsommation et l’atténuation des crises politiques et de surproduction. Au niveau international, les guerres interétatiques ont été contenues par le principe de l’équilibre des puissances, la décolonisation et l’universalisation du modèle de l’état-nation, l’idéologie du « doux commerce » et la promesse d’un développement industriel « inclusif » au niveau mondial.
À l’origine, le libéralisme économique est apparu en contradiction avec le caractère belliqueux du mercantilisme, pour qui le montant des richesses étant donné, les gains des uns sont les pertes des autres et seule la puissance préside au partage. À la place, le libéralisme a imaginé un « jeu » au sein duquel, grâce à la croissance de la production industrielle et des échanges commerciaux, chacun des « joueurs » est en mesure de « gagner » : d’améliorer son confort matériel, considéré comme le but ultime de l’humanité. Ce « jeu » ne résiste pourtant ni à la violence néocoloniale exercée par les états industrialisés sur les états les plus faibles disposant de ressources naturelles, ni au risque de la perte de leur hégémonie par la montée en puissance des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud).
En outre, ce « jeu » suppose implicitement une nature indéfiniment exploitable, pour maintenir à la fois la paix interétatique et la paix sociale au sein de chaque état (réduisant les revendications à l’accès au « développement » et au « pouvoir d’achat », c’est-à-dire au partage du butin prélevé sur la nature). La croissance de la production industrielle et de la surconsommation (à crédit), avec leur niveau toujours plus élevé de mécanisation, suppose la mise à disposition de ressources énergétiques en augmentation permanente. Non pas la substitution d’énergies « propres » aux énergies fossiles, mais leur addition – d’autant plus que les énergies fossiles sont nécessaires pour exploiter ces énergies dites « propres », fondées sur l’extension vertigineuse de l’industrie minière et des transports internationaux. Quant à la fusion, c’est-à-dire au fantasme de l’indépendance géologique, les campagnes publicitaires en sa faveur (dans les aéroports, les gares, etc.) ne font pas disparaître le fait que, comme le reconnaissait l’ITER Organization (« International Thermonuclear Experimental Reactor »), « Il est évident que l’ensemble des systèmes de l’installation ITER consommera plus d’énergie que le plasma en produira[4]. » Elles cherchent seulement à imprégner les masses de la certitude mensongère d’une source inépuisable et « propre » d’énergie, afin de les inciter à poursuivre paisiblement leur chemin vers l’abîme.
Max Weber notait dès 1904-1905 que « La production mécanique et machiniste détermine le style de vie de l’ensemble des individus nés dans ce mécanisme » et le déterminera « jusqu’à ce que la dernière tonne de carburant fossile ait achevé de se consumer[5]. » Il ignorait que l’entière consumation de carburant fossile conduirait au réchauffement climatique et, avec la quantité titanesque de dioxyde de carbone et de méthane déversée dans l’atmosphère, à un « gazage de la planète jusqu’à ce qu’elle en meure[6]. » En attendant, il convient de rappeler que les ressources énergétiques sont des stocks (de charbon, de pétrole, de gaz, d’uranium, de minerais, de terres rares) voués à s’épuiser (les efforts de recyclage ne compensant pas l’accélération de la hausse de leur « consumation » définitive).
Être rationnel suppose d’actualiser cet épuisement, de le considérer comme déjà effectif. Car sa dépendance à ces stocks implique d’ores et déjà que l’industrialisme n’est ni universalisable, ni indéfiniment durable. Qu’il est un « jeu à somme nulle », où seule la puissance exercée au niveau international décide du niveau de vie et de la stabilité politique d’un état. C’est en ce sens qu’il faut entendre la remarque de John Fonte selon laquelle les états-Unis sont prêts à « utiliser la force pour affronter et contraindre ses adversaires, unilatéralement si nécessaire », puisque la sécurité nationale est supposée débuter à l’extérieur[7]. À cela s’ajoute que les tensions interétatiques peuvent justifier le renforcement de l’État de police, de la même manière que l’instabilité de l’ordre interne peut motiver l’intensification de l’agressivité envers l’extérieur.
Avec l’extension des technologies du numérique et de l’intelligence artificielle, militaires et civiles, la croissance exponentielle du besoin en minerais et en ressources énergétiques conduit, dans la voie industrialiste, à sécuriser leur approvisionnement à la façon dont les états-Unis ont sécurisé leur accès aux ressources fossiles depuis la doctrine Carter, énoncée en 1980 : « Que notre position soit absolument claire : une tentative par une force extérieure [ou même locale] de prendre le contrôle de la région du golfe Persique sera considérée comme une attaque contre les intérêts vitaux des États-Unis, et une telle attaque sera repoussée par tous les moyens nécessaires, notamment militaires ». Tout en la conservant, la « doctrine Trump » est la transposition de la doctrine Carter aux minerais, partout où cela sera possible (de l’Ukraine au Groenland, en passant par l’Arctique et la Bolivie, etc. [8]) :
Pour répondre à cette explosion de la demande, les producteurs de minerais accélèrent l’extraction dans les anciennes mines, démarrent la production dans les nouvelles et construisent de nouvelles fonderies et installations de raffinage. Il va sans dire que de nombreux gisements mondiaux de minéraux industriels essentiels s’épuisent à un rythme sans précédent. Ces matériaux sont eux aussi des ressources limitées, créées par de puissantes forces géologiques il y a de nombreuses années et qui, une fois consommées, ne se reconstitueront pas dans le temps. Heureusement, la terre possède encore des réserves abondantes de nombreux minéraux vitaux, dont le minerai de fer et la bauxite (la matière première de l'aluminium). Toutefois, le cuivre, le cobalt, le plomb, le nickel, le platine, l’étain, le titane et le zinc sont nettement moins abondants et leur disponibilité future suscite de plus en plus d'inquiétudes[9].
L’accès aux terres rares et autres minerais critiques est une obsession pour le président américain. Parce qu’ils sont essentiels à d’autres secteurs clés pour la sécurité des états-Unis et la croissance de son économie, comme la défense et les systèmes de missiles, l’espace, la téléphonie et autres nouvelles technologies[10].
Cette inquiétude et cette obsession pour l’énergie et les minerais sont d’autant plus prononcées qu’elles concernent les armements de haute technologie, créant le cercle vicieux par lequel il faut de l’énergie et des minerais pour maintenir la supériorité technologique militaire, comme il faut la supériorité technologique militaire pour s’emparer de l’énergie et des minerais sur lesquels elle se fonde.
Il convient donc de reconnaître à Trump de jeter à bas l’hypocrisie dont se fardent les vieilles et les jeunes nations industrielles, avec la dépolitisation contenue dans les écogestes et les fables du développement soutenable et de la transition énergétique et numérique : les dévastations de la nature se traduisent par des conflits interétatiques et la poursuite des conflits interétatiques aggravent ces dévastations. Il convient simultanément de reconnaître qu’hypocrites ou pas, les sociétés industrielles obéissent à une logique culturelle, politique et économique suicidaire. Soit qu’elles survivent jusqu’à rendre la Terre inhabitable aux humains. Soit qu’elles s’autodétruisent dans un déchaînement de violence technologiquement augmentée.
LA SCIENCE ? QUELLE SCIENCE ?
Il disait que la bombe appartenait au gens qui avaient payé pour l’avoir et que ce n’était certainement pas les scientifiques. Ils ont payé pour nous avoir, disait-il. Et on n’a pas coûté cher.
Cormac McCarthy, 2022[11]
Le nationalisme de Trump vise la perpétuation du mode de vie industriel étasunien, sans souci des Autres et de la nature. Vouloir le considérer comme entièrement et indistinctement antiscience, et par là obscurantiste, est pourtant d’une naïveté désolante.
Il est indéniable que la science (les sciences), avec les langages, les mythes, les religions, les philosophies, les mémoires historiques, participe depuis des siècles à la culture humaine, renforçant sa capacité à représenter symboliquement l’Humain, la Nature, la Terre et l’Univers. Bien que toutes ces représentations s’enracinent communément dans l’imagination, leurs finalités et leurs moyens sont incomparables :
La nature de l’homme a cette particularité de n’être pas limitée à une seule approche spécifique du réel, mais de pouvoir choisir son point de vue et de passer d’un aspect de choses à un autre[12].
Dira-t-on d’un scientifique croyant qu’il est obscurantiste ? Galilée ne pensait-il pas que, grâce aux mathématiques, « la connaissance parvient à égaler en certitude objective la connaissance divine » ? Les manuscrits secrets d’Isaac Newton ne montrent-ils pas que l’« homme qui avait posé les jalons de la science moderne [était] l’héritier d’une tradition ésotérique qui remontait aux Babyloniens » ? Stephen Hawking ne prévoyait-il pas que l’unification des sciences « sera le triomphe de la raison humaine » et qu’à ce moment-là « nous connaîtrons la pensée de Dieu »[13] ?
Ces déclarations étonneront seulement ceux dont l’esprit est ignorant du fait que la science moderne, avant d’abandonner l’hypothèse de Dieu, est née du transfert à l’Univers de « tous les attributs ontologiques de la Divinité[14]. » Il est pourtant stupide de penser que les procédés d’objectivation propre à la science ne permettent pas d’énoncer des vérités sur le réel – sans jamais atteindre une vérité absolue. Mais il est également stupide de croire que ces procédés, dont le résultat est d’éliminer l’humain, puisse lui révéler comment vivre au sein du réel et pourquoi (en termes scientifico-religieux : accéder à la « connaissance divine » ne signifie pas accéder aux intentions divines)[15].
Deux forces sociopolitiques participent aujourd’hui à l’extinction de la raison (de la réflexion critique) et à l’épanouissement de l’arbitraire. Le postmodernisme, par son déni de toute vérité scientifique et de tout argument raisonné, et le scientisme industrialiste, qui vise à faire de la science une religion promouvant l’idolâtrie de la technologie et de sa pseudo-neutralité (à laquelle les postmodernes, malgré leur scepticisme radical, s’adonnent sans retenue). C’est un éminent scientifique qui parle :
La science a donc pu remplacer la religion comme la principale force de légitimation de la société moderne. La science revendique une méthode qui est objective et apolitique. C’est un dogme pour les scientifiques que la science est au-dessus de la mêlée. (…) Enfin, la science parle avec des mots mystérieux. Personne, sauf les experts, ne peut comprendre ce que les scientifiques font et disent[16].
Bien qu’elles devraient être des banalités, il convient alors de rappeler quelques vérités de fait :
a) En même temps qu’ils en définissaient la méthode, les fondateurs de la science moderne lui ont associé le projet de domination de la nature. Francis Bacon invitait à étendre sans limite l’« empire du genre humain sur la nature, qui lui revient de droit divin », René Descartes à devenir « comme maîtres et possesseurs de la nature »[17]. C’est cette volonté de puissance qui a permis l’inscription de la science moderne au cœur de la lutte pour la puissance politique et matérielle, avec la nature comme bouc émissaire :
L’industrie n’a pu devenir ce qu’elle est aujourd’hui – et que partant le capitalisme n’a pu se déployer pleinement – qu’à partir du moment où elle s’est alliée à la science moderne[18].
b) Ceux qui aliènent leur force de travail (leurs capacités physiques et intellectuelles), c’est-à-dire les salariés, sont dépossédés à la fois de son usage et de ses produits au bénéfice de l’acquéreur, que ce soit le capital ou l’état. Les scientifiques n’échappent pas à la règle. Galilée, qui symbolise l’émancipation du savoir de l’emprise de la foi, est également le symbole de la libre cession de son savoir au pouvoir de la force, sans souci de son « obscurité » :
Je voudrais que mes livres, toujours dédiés à notre sérénissime seigneur, me permissent de gagner mon pain, sans me dispenser d’ailleurs de faire hommage à Son Altesse d’inventions telles et si nombreuses qu’aucun prince peut-être n’en a de comparables.
Je songe également à écrire quelques livres relatifs à l’art militaire où je traiterai non seulement de la formation idéale du soldat, mais où j’enseignerai par des règles très précises les connaissances relevant des mathématiques qu’il lui convient d’acquérir : castramétations, ordres de bataille, fortifications, sièges, levées de plans, évaluation des distances, notions d’artilleries, usage de divers instruments, etc.[19]
Trois cent trente-huit ans plus tard, John Von Neumann, acteur majeur du projet Manhattan, ne proposait fondamentalement pas autre chose :
Il y a environ huit mois, l’état-major de l’armée a demandé à l’American Mathematical Society de proposer des membres pour un comité consultatif, compétent pour toutes les questions mathématiques susceptibles d’être soulevées dans le cadre des travaux de l’armée. Je pense que nous avons une sorte de responsabilité collective de répondre à cette demande[20].
Le contre-exemple le plus significatif est fourni par le mathématicien Alexandre Grothendieck (médaille Field en 1966) qui, pour des motifs écologiste et antimilitariste, décida en 1970 de démissionner de son laboratoire et de ne poursuivre ses recherches qu’à titre personnel. Indissociable du questionnement sur le sens et la place sociale de la science, son existence a montré que la vente de sa force de travail scientifique au capital ou à l’état n’est pas une nécessité, mais suppose de rompre avec le confort industriel offert aux intellectuels en contrepartie de leur allégeance[21].
c) La dépendance matérielle de la communauté scientifique au capital et à l’état produit sa réciproque, à savoir la dépendance du capital et de l’état aux progrès technoscientifiques. La conséquence est l’émergence de la technostructure et l’accentuation du pouvoir économique et politique de la technocratie qui, en réduisant tous les problèmes à des problèmes techniques, enferme les sociétés industrielles dans le « techno-solutionnisme » (la technologie étant alors considérée comme la solution aux problèmes posés par la technologie) :
Aux exigences de la technologie en matière de talents techniques et scientifiques spécialisés s’ajoutent les exigences supplémentaires très importantes de la planification que la technologie rend nécessaire. Enfin, la nécessité de cette variété de talents spécialisés implique celle de les coordonner. Les talents doivent être mis au service de l’objectif commun. Ce processus nécessite un mot particulier. Je propose d’appeler cette organisation la Technostructure[22].
La technocratie dominante des états-Unis, celle de la Silicon Valley, s’active à présent pour concrétiser l’idéologie des « Lumières obscures », à savoir l’instauration d’un régime autoritaire fonctionnant grâce à l’intelligence artificielle et gouverné par un dirigeant monarchique « idiot », avec Singapour comme modèle de surveillance et de contrôle total :
L'expérience audacieuse dans laquelle Musk s’est lancé – et que Trump ne comprend probablement même pas – implique la transformation fondamentale de l’Amérique, d’une nation gouvernée par son propre peuple en une nation où les décisions sont prises par une élite très spécifique de technocrates blancs autoproclamés « génies »[23].
d) La dépendance mutuelle de la technoscience, du capital et de l’état donne sa dynamique à l’industrialisme, et conduit à négliger les vérités scientifiques entravant la volonté de puissance qui l’anime, par exemple celles concernant le réchauffement climatique, pourtant connues depuis le 19e siècle :
La science du climat arriva à maturité au même moment que les industries pétrolières et automobiles. En 1859, le « colonel » Edwin Drake fora son premier puit de pétrole en Pennsylvanie. La même année, étienne Lenoir construisit un prototype du premier moteur à combustion interne commercialement viable. Par une coïncidence troublante, l’année 1859 fut aussi celle où John Tyndall, un physicien irlandais, prouva définitivement que des concentrations de certains gaz dans l’atmosphère pouvaient modifier le climat de la Terre[24].
En ce sens, l’obscurantisme industriel a consisté à poursuivre la mécanisation des activités matérielles (fondée initialement sur la combustion du charbon), puis à entrer massivement dans l’âge du pétrole, malgré la preuve scientifiquement établie de son impact néfaste sur le climat. À noter la synergie de cette entrée avec la guerre (comme ce sera plus tard le cas de l’entrée dans le temps de la fin nucléaire) :
La guerre civile américaine [la première des guerres mécaniques] (1861-1865) fut le grand bouleversement, l’impetus originel grâce auquel l’industrie pétrolière américaine put profiter d’un déploiement rapide[25].
Cet obscurantisme n’est donc pas propre à Trump, mais caractérise la mentalité industrialiste dans son ensemble. En témoigne le glissement du discours médiatique actuel, qui est subrepticement passé de l’impératif de contenir le réchauffement climatique à celle de s’y adapter. S’adapter à quoi ? Aux évènements climatiques extrêmes, au chaos mondial et à la guerre, si l’on veut bien décrypter le langage technocratique :
L’augmentation des instabilités étatiques ou régionales, le développement de pressions migratoires, les rivalités pour l’accès aux ressources énergétiques comptent parmi les principaux effets attendus [du réchauffement climatique] et pourront conduire à des conflits affectant les intérêts nationaux[26].
e) Dès 1973, l’étude de la Commission Trilatérale divisait la classe des intellectuels en deux catégories. La première comprenait les « intellectuels technocratiques », jugés responsables, sérieux et constructifs. Ceux-là n’ont rien à craindre de Trump, comme ils n’ont jamais rien eu à craindre du capital et de l’état (toutes idéologies confondues), dont ils ont été et restent les serviteurs fidèles :
Il est déjà suffisamment clair que, si Musk s’empresse de réduire les dépenses de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) et, par conséquent, de supprimer les financements destinés à la lutte contre la polio, le VIH, le paludisme et la nutrition à l’échelle mondiale, l’armement, notamment de haute technologie, est une toute autre affaire. De fait, face à toutes les coupes budgétaires en cours, les républicains au Congrès semblent désireux d’augmenter le budget du Pentagone d’au moins 100 milliards de dollars supplémentaires dans les années à venir, le portant ainsi près du billion de dollars[27].
La marginalisation, voire la mort sociale, concerne, de l’après-68 à aujourd’hui, les intellectuels qui, pour la défense des valeurs humanistes, s’entêtent à « défier l’autorité et à démasquer et nier aussi la légitimité des organisations, tout en semant la confusion et le mécontentement croissant dans l’esprit de la populace[28]. » Là encore, la seule action de Trump est de conduire à ses extrémités logiques le projet des dirigeants industrialistes d’amputer la culture et l’espace public de toute raison, déjà défini par Joseph Schumpeter en 1942 :
Les procédés appliqués à la fabrication des problèmes passionnant l’opinion, puis de la volonté populaire dans chaque cas d’espèce sont exactement similaires à ceux mis en œuvre par la publicité commerciale. Nous y retrouvons les mêmes efforts pour entrer en contact avec le subconscient. Nous y retrouvons la même technique tendant à créer des associations d’idées qui sont d’autant plus efficaces qu’elles sont moins rationnelles. Nous y retrouvons le même artifice visant à créer une conviction à coups d’affirmations réitérés, qui atteint son but dans la mesure où il dispense de présenter des arguments rationnels qui risqueraient de réveiller les facultés critiques du public[29].
Après plusieurs décennies de manipulation et de désinformation, la misère culturelle et politique, renforcée par l’addiction au narcissisme numérique, favorise dans les populations affectées leur tendance irrationnelle, aisément « instrumentalisable » par la volonté de puissance de leurs dirigeants.
LA MOBILISATION RELIGIEUSE DE LA HAINE DE MASSE
L’idée qui me semble centrale est que le racisme participe de quelque chose de beaucoup plus universel que l’on ne veut bien l’admettre d’habitude. Le racisme est un rejeton, ou un avatar, particulièrement aigu et exacerbé, je serais même tenté de dire : une spécification monstrueuse, d’un trait empiriquement presque universel des sociétés humaines. Il s’agit de l’apparente incapacité de se constituer comme soi sans exclure l’autre – et l’apparente incapacité d’exclure l’autre sans le dévaloriser et, finalement, le haïr.
Cornélius Castoriadis, 1987[30]
Il faut persévérer à entendre les remarques de Pascal sur la raison :
La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la surpassent. Elle n’est que faible si elle ne va pas jusqu’à reconnaître cela (§177).
Deux excès : exclure la raison, n’admettre que la raison (§173)[31].
La raison, non seulement est limitée et n’est raison qu’en admettant ses limites, mais ne peut « mettre un prix aux choses » (§41). Elle ne peut donner un sens général, une direction ou une coloration à l’existence humaine. Car la vie humaine s’institue en donnant des réponses à des questions qui n’en ont pas et ces réponses, bien qu’imaginaires, sont pourtant décisives en ce qu’elles englobent l’existence de chaque être humain – qui vit même encore à l’intérieur de réponses énoncées dans le passé lointain de sa culture[32].
Il existe des imaginaires sociaux attribuant par eux-mêmes des limites à la volonté de puissance individuelle et collective, notamment à l’encontre de la nature. Les sociétés primitives, rappelle Cassirer, ont une « conception de la nature qui n’est ni purement théorique, ni purement pratique ; elle est sympathique » (ne connaissant pas la spécialisation guerrière, ils ignorent en outre l’avantage de puissance contenu dans l’exploitation de la nature)[33]. Mais, même dans ces sociétés, la raison est seconde et sa valeur est une valeur d’autolimitation de ce qui est institué « sans raison ». La raison peut seulement dire ce qu’il convient de ne pas faire dans un cadre imaginaire donné, qui commande telle ou telle orientation sociale principale : être un guerrier valeureux ou un citoyen modèle, œuvrer au salut de son âme, dominer rationnellement la nature, mourir jeune pour faire un beau cadavre ou prolonger indéfiniment l’existence humaine, etc. Rien n’indique que cette capacité de réflexion ne soit pas universelle, même si son plein exercice n’a rien de continu et a dû, en certaines circonstances défavorables, demeurer secret et s’exprimer de manière ésotérique.
On comprend pourquoi le point de vue scientiste est faux, théoriquement et empiriquement : l’accroissement du savoir positif n’implique pas la diminution des croyances, car savoir positif et croyances répondent à des questions qui ne sont pas du même ordre. Même à supposer que nous puissions savoir parfaitement comment fonctionne la nature et l’univers, nous ne saurions toujours pas quoi y faire et pourquoi, là où tout vient à mourir et disparaître à jamais dans les ténèbres (y compris l’humanité et, dans quelques milliards d’années, la Terre). L’indétermination existentielle n’est pas effacée par le progrès des sciences et la progression des sciences n’a été possible qu’en proposant la jouissance des bienfaits de la domination de la nature comme finalité de la vie sociale, cette domination devenant centrale dans le cadre de la lutte interétatique pour la puissance.
On peut admettre qu’à l’époque des Lumières, « raison » et « rationalité » ne sont pas encore distinguées[34]. Mais depuis le 19e siècle et l’élévation du Progrès en religion, le développement de l’industrialisme se caractérise par les avancées de la rationalité et la régression de la raison, préparant l’avènement actuel de divers fanatismes. « Fanatisme » désigne toute doctrine – et les pratiques correspondantes – qui se dérobe, brutalement ou insidieusement, à la réflexion auto-limitative, c’est-à-dire à la raison. En ce sens, le fanatisme est l’union de la croyance et de la volonté de puissance, caractérisant la tentation impérialiste des religions de conversion.
D’après cette définition, la situation contemporaine se caractérise par un ensemble de fanatismes (accomplis ou en voie d’accomplissement) :
a) Le fanatisme technologique, incarné par le transhumanisme d’origine étasunienne (mais actif en Europe et jusqu’en Chine) et le cosmisme russe, prêchant le dépassement de la condition humaine et la maîtrise de la crise écologique d’origine industrielle grâce aux technologies de la quatrième révolution industrielle (promesses d’immortalité, de transformation et d’augmentation biotechnologiques, de contrôle du climat par la géo-ingénierie, de conquête spatiale et d’humanité multi-planétaire, etc.) ;
b) Le fanatisme religieux islamique, représenté entre autres par la République islamique iranienne, dont la constitution stipule, outre la défense du pays, la mission du jihad (de la guerre sainte), afin de « dominer le monde et le convertir à l’islam »[35] ;
c) Le fanatisme religieux évangélique étasunien. Rappelons que les Pères fondateurs des états-Unis étaient persuadés de leur élection divine, avec pour impératif d’établir une Nouvelle Jérusalem. Que le rattachement de la religion (évangélique) à la politique (néoconservatrice) remonte au moins aux années 1990. Que les Bush, père et fils, en fusionnant leur position sociale (magnats du pétrole), leur croyance religieuse (méthodistes) et leur pouvoir politique (ayant en main l’armée la plus puissante de l’histoire humaine), se considéraient déjà comme les chefs de file de l’« axe des croisés ». Trump, là comme ailleurs, s’inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs, auréolant sa volonté de puissance d’une légitimité religieuse, grâce à laquelle il s’autorise à combiner une politique réactionnaire interne et une politique manichéenne externe : « Peu importe le droit, pourvu que les actes aillent dans le sens des lois divines » (ce dont rêve ouvertement la droite française et européenne)[36] ;
d) Le fanatisme postmoderne est l’envers symétrique des fanatismes religieux et favorise leur extension réciproque. Comme le remarquent Helen Pluckrose et James Lindsay à propos du « décolonialisme » :
Les mauvais traitements fréquemment subis par les femmes, laïcs et LGBT dans les cultures scrupuleusement islamistes ne seront par exemple pas considérés comme l’application d’interprétations rigoristes de l’islam – ce que les islamistes eux-mêmes affirment –, mais comme le résultat du colonialisme et de l’impérialisme occidental qui ont perverti cette culture et entraîné cette violence. Ce genre de position entrave sérieusement les campagnes de sécularisation qui pourraient contribuer à amoindrir ces problèmes[37].
Il est remarquable que la rationalité, délestée de la raison, puisse s’associer à ces différentes formes de fanatisme. Il existe un transhumanisme mystique et le cosmisme russe est soutenu par l’église orthodoxe[38]. Les scientifiques iraniens travaillent à doter l’islamisme de l’arme atomique (l’islamisme n’est curieusement pas anti-occidental dans son acceptation de la science). Les postmodernes, notamment ceux qui prospèrent dans les riches universités américaines, usent sans retenue des transports motorisés, des biotechnologies de « transition de genre », du harcèlement numérique, etc., c’est-à-dire de toutes les applications technologiques de la science mâle, blanche et objectiviste dont ils se prétendent émancipés. Enfin, l’év-« angélique » Trump soutient sans faillir la course technologique poursuivie par le Pentagone (et dans laquelle, à sa suite, se précipite volontiers l’Europe). Ambitionnant tous d’imposer leur domination, tous se doivent de posséder la technologie absolue, et tous en deviennent les simples servants… avant d’en devenir tous les victimes (par la destruction mutuelle ou la destruction de leur habitat commun et unique : la nature sur la planète Terre).
Le problème ne sont pas les croyances, dont chacune a pu participer à l’humanisation de l’humain (tous les individus occidentaux, croyants ou pas, ont intériorisés des éléments du christianisme, et, quoiqu’il pourrait en dire, le communisme de Karl Marx est lui aussi d’origine religieuse). Pareillement, aucune éthique, même raisonnée, ne peut échapper au fait qu’elle est essentielle sans posséder aucun fondement objectif :
Ce qu’elle dit n’ajoute rien à notre savoir, en aucun sens. Mais elle nous documente sur une tendance qui existe dans l’esprit de l’homme, tendance que je ne puis que respecter profondément quant à moi, et que je ne saurais sur ma vie tourner en dérision[39].
Le problème, comme dans les dimensions matérielles et politiques de l’existence humaine, est celui de la domination, hantée par la volonté de puissance. C’est la volonté de puissance des religions de conversion (notamment le christianisme, l’islamisme et l’hindouisme) qui peuvent les convertir en intégrismes violents et guerriers. C’est la volonté de puissance inhérente à la forme étatique du politique qui tend à transformer les républiques en régimes à tendance racistes et totalitaires. C’est la volonté de puissance du capital qui le conduit à attribuer à la moindre dimension de l’existence humaine une techno-marchandise. C’est la volonté de puissance inscrite dans le programme technoscientifique de domination de la nature qui fait basculer les bienfaits initiaux tirés du savoir objectif en désastre écologique et sanitaire. Et c’est le magma, formé par ces différentes dimensions de la volonté de puissance, qui conduit à écarter la raison, du fait que la lutte pour la puissance implique le rejet de toute limite (celui qui adopte des limites dans la course à la puissance est vaincu et perd son « droit » à bénéficier ou espérer bénéficier des avantages procurés par la puissance).
La raison ne peut fournir une direction positive à l’humanité. Son pouvoir consiste seulement à poser des limites aux orientations prises et aux processus qu’elles enclenchent. La liberté individuelle contre l’arbitraire étatique (que les « citoyens de verre » bradent par leur adoption narcissique des technologies numériques) et contre l’arbitraire des religions de conversion (que les croyants abandonnent en s’abandonnant au fanatisme)[40]. L’universalité de l’humain contre l’outrance des identitarismes, qui demeure un apport de l’Occident, comme le rappelait Cornélius Castoriadis dès 1987 :
Les « autres » ont assimilé tant bien que mal, la plupart du temps, certains instruments de la culture occidentale, mais nullement les significations imaginaires de la liberté, de l’égalité, de la loi, de l’interrogation indéfinie. La victoire planétaire de l’Occident est victoire des mitraillettes, des jeeps et de la télévision [des drones armés, des SUV et d’Internet] – non pas du habeus corpus, de la souveraineté populaire, de la responsabilité du citoyen.
Le combat contre le racisme est essentiel. Il ne doit pas servir de prétexte pour démissionner devant la défense de valeurs qui ont été créées « chez nous », que nous pensons être valables pour tous, qui n’ont rien à voir avec la race ou la couleur de la peau et auxquelles nous voulons, oui, raisonnablement convertir toute l’humanité[41].
Enfin, l’autonomie matérielle et l’éthique de la tempérance face à la démesure de l’industrialisme, le fanatisme commun à tous les fanatismes. Quel que soit son degré de puissance, l’humain demeure un animal terrestre imparfait et moralement ambigu, accablé de souffrances naturelles (les accidents, les maladies, la mort) et qui ne peut en aucune façon se délivrer absolument de sa condition, sans redoubler ces souffrances naturelles de souffrances artificielles (les inégalités extrêmes, les guerres, les massacres, les dégâts environnementaux et sanitaires irréparables, etc.). Il ne faut pas se lasser de le répéter : « Il n’a jamais existé d’Éden ou d’Enfer naturels. Il n’existera jamais d’Éden artificiel. L’espoir d’un Paradis au Ciel ou la réalisation d’un Techno-Paradis sur Terre sont des leurres, par lesquels un futur inexistant – un néant – légitime un présent destructeur et infernal. »
SURVIVRE ET VIVRE EN DES TEMPS OBSCURS
À la prétendue émancipation de l’homme succède maintenant l’incontestable émancipation des objets. Être victimes de ceux-ci n’est pas tragique – cela dit sans cynisme –, mais, ce qui est beaucoup plus effrayant, stupide. Je définirai aussi cette « stupidité » comme un « fait religieux » car nous ne pouvons guère comprendre la totale insignifiance de notre existence, désignée par le terme de « stupidité », que comme la négation la plus extrême de l’idée selon laquelle nous sommes « à l’image de Dieu ».
Günther Anders, 1979[42]
Notre présent est dominé par la technoscience, toujours en progrès, s’occupant de tout, systématique et méthodique, animée d’une volonté de puissance sans limite qui ambitionne l’omnipotence de la technologie, avec ses implications néfastes sur la liberté et la nature. La technologie a créé l’exploitation des masses, en mécanisant le travail et les loisirs. Elle a créé la propagande neuroscientifique, à des fins commerciales et politiques. Elle a créé des armements monstrueux, capables d’effacer la vie sur Terre. Elle a rendu possible les dévastations irrémédiables de la nature. Elle a produit les conditions matérielles, politiques et culturelles de la montée contemporaine des fanatismes. Volontairement ou pas, elle barbarise, prodiguant des moyens titanesques à une humanité désunie et désemparée.
Prise dans ce déchaînement de la déraison, la raison est un combat, probablement perdu d’avance. Il n’empêche : elle demeure la dignité de ceux qui n’abdiquent pas, non seulement devant les stigmatisations en provenance des fanatiques de tout bord, mais aussi face à la barbarie qui vient.
[1] Sur la violence de la politique internationale étasunienne depuis le massacre des amérindiens, indifféremment par les Républicains et les Démocrates, relire N. Chomsky, L’An 501, écosociété, 1993 (nouvelle édition en 2016). Sur la montée de l’autoritarisme interne depuis R. Reagan, L. Portis, Histoire du fascisme aux états-Unis, éditions CNT, 2008. L’obscurantisme n’est que la conséquence de l’écart abyssal entre l’inculture populaire, dominée par les médias technologiques, et les prouesses incommunicables de la science d’où sont issus ces médias (la physique quantique, par exemple, est intraduisible en langage ordinaire).
[2] The State Department Policy Planning Staff papers (1947-1949), p. 121-122 (archive.org) (ma traduction).
[3] « Les plus gros budgets militaires » : « Avec 1 000 milliards de dollars alloués en 2005, les dépenses militaires à travers le monde sont revenues au niveau atteint durant la guerre froide », Courrier International, 19 juin 2006 (courrierinternational.com).
[4] Professeur Canardeau, « ITER, un réacteur expérimental à la com », Le Canard enchaîné, 27 octobre 2021.
[5] M. Weber, L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Plon, Paris, 1964 (1904-1905), p. 208-223.
[6] J. Vaillant, L’âge du feu. Chronique d’une planète en flamme, éditions Noir sur Blanc, Paris, 2024 (2023), p. 368.
[7] J. D. Fonte, « Critical Review of Robert Kagan’s Of Paradise and Power », American Enterprise Institute, 7 avril 2003 (aei.org) (ma traduction).
[8] L’IHEDN (l’Institut des Hautes études de Défense Nationale) indique que « La fonte des glaces dans la région arctique va accroître l’accès à de nouvelles voies de navigation et réduire les coûts de l’exploitation de pétrole ou de minerais, posant le risque d’exacerber la compétition interétatique dans la zone », Les ruptures stratégiques contemporaines, 17 septembre 2024 (ihedn.fr). Que ce soit du côté européen ou étasunien, l’aide à l’Ukraine est conditionnée par l’accès privilégié à ses ressources (titane, pétrole, gaz de schiste, fer, manganèse, zirconium, scandium, etc.), évaluées à 7500 milliards de dollars : C. Izoard, « Un enjeu caché de la guerre en Ukraine : les matières premières », 9 décembre 2022, reporterre.net. Etc.
[9] M. Klare, Rising Powers, Shrinking Planet. How Scarce Energy is Creating a New World Order, Oneworld Publications, Oxford, 2008, p. 55-56 (ma traduction).
[10] B. Bonnefous, « Pourquoi Donald Trump veut-il mettre la main sur les terres rares ? », Le Monde (podcast), 17 mars 2025, podcasts.lemonde.fr.
[11] C. McCarthy, Stella Maris, éditions de l’Olivier, Paris, 2023 (2022), p. 142.
[12] E. Cassirer, Essai sur l’homme, éditions de Minuit, Paris, 1975, p. 240.
[13] Galilée, Dialogues et lettres choisies, Hermann, Paris, 1966, p. 218. L. Verlet, La Malle de Newton, Gallimard, Paris, 1993, p. 27-28. S. Hawking, Une Brève histoire du temps, Paris, Flammarion, 1989, p. 210.
[14] A. Koyré, Du monde clos à l’univers infini, Gallimard, Paris, 1962 (1957), p. 337.
[15] E. Cassirer, Essai sur l’homme, op.cit., en référence à Max Planck : « Nous devons oublier l’homme afin d’étudier la nature, afin d’en découvrir et d’en formuler les lois » (p. 267).
[16] R. B. Lewontin, Biology as Ideology: The Doctrine of DNA, HarperCollins Publishers, New York, 1991, p. 8 (traduction de J.-P. Berlan).
[17] F. Bacon, Novum Organum, Librairie de Louis Hachette et Cie, Paris, 1857 (1620), p. 85 (gallica.bnf.fr). R. Descartes, Le Discours de la méthode, Gallimard, Paris, 1966 (1637), 6e partie, p. 168.
[18] Max Weber, Histoire économique, Gallimard, Paris, 1991 (1923, posthume), p. 325.
[19] Galilée, Lettre à Belisario Vinta (intermédiaire avec le Grand-duc de Toscane) du 7 mai 1610, Dialogues et lettres choisies, Hermann, Paris, 1966, p. 356-361.
[20] J. Von Neumann, Lettre à Saunders MacLane du 17 mai 1948, Selected letters, Miklós Rédei, AMS/LMS History of Mathematics, Providence, 2005, p. 175 (ma traduction).
[21] A. Grothendieck, « Allons-nous continuer la recherche scientifique ? », Transcription de la conférence donnée à l’amphithéâtre du CERN, à Genève, le 27 janvier 1972, écologie & Politique, n°52, 2016/1, p. 159-169.
[22] J. K. Galbraith, The New Industrial State, Princeton University Press, Princeton, 1985 (1967), p. 79 (ma traduction).
[23] T. Hartmann, « The Dark Enlightenment : the Tech Oligarch Ideology Driving DOGES’s Destruction », 24 mars 2025 (scheerpost.com) (ma traduction). Cette idéologie provient de l’informaticien néoréactionnaire C. Yarvin, qui estime nécessaire d’accélérer les progrès technologiques pour faire advenir une société basée sur un système de castes divisées par le sexe, la couleur de peau et le quotient intellectuel.
[24] J. Vaillant, L’âge du feu, op.cit., p. 294.
[25] M. Auzanneau, Or noir. La grande histoire du pétrole, La Découverte, Paris, 2015, p. 26.
[26] « Rapport d’information déposé par la commission des affaires européennes sur l’impact du changement climatique en matière de sécurité et de défense », présenté à l’Assemblée nationale le 28 février 2012 (assemblee-nationale.fr).
[27] T. Engelhardt, « William D. Hartung, A Manhattan Project for AI Weaponry ? », 18 mars 2025, tomdispatch.com (ma traduction).
[28] N. Chomsky, écrits politiques (1977-1983), Acratie, Peyrehorade, 1984, p. 21 (le terme « populace » est ironique : elle est ce qu’est le peuple pour la technocratie).
[29] J. Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie, Payot, Paris, 1984 (1942), p. 347.
[30] Exposé au colloque de L’ARIF « Inconscient et changement social », le 9 mars 1987, ensuite publié dans « Réflexions sur le racisme », Les carrefours du Labyrinthe III. Le monde morcelé », 1990, Seuil, Paris, p. 29 pour la citation. Disponible également sur collectiflieuxcommuns.fr.
[31] Pascal, Pensées, Gallimard, Paris, 1977 (Pascal y travailla jusqu’à sa mort, en 1662), p. 146-147.
[32] Comme à propos de la science moderne, il faut rappeler ici les racines religieuses oubliées du capitalisme rationnel, d’où dérive l’industrialisme (Max Weber).
[33] E. Cassirer, Essai sur l’homme, op.cit., p. 123.
[34] La distinction entre la rationalité et la raison s’inspire de celle entre la « rationalité instrumentale » et la « raison communicationnelle » développée par J. Habermas (par exemple dans Morale & communication, éditions du Cerf, Paris, 1986 (1983)). Étant entendu que la « raison communicationnelle » a depuis été laminée par les technologies de la propagande et de l’« incommunication ».
[35] Par exemple, C. Terme, « De la nature du régime iranien », Relations internationales, n°54, 2013, p. 143-159.
[36] Par exemple, S. Boussois, « La montée en puissance des évangéliques dans la politique étrangère américaine », Géopolitique et technologie, La revue internationale et stratégique, n°110, été 2018 (iris-france.org).
[37] H. Pluckrose & J. Lindsay, Le triomphe des impostures intellectuelles. Comment les théories sur l’identité, le genre, la race gangrènent l’université et nuisent à la société, H&O éditions, 2021 (2020), p. 132. On peut toutefois regretter leur silence sur le fanatisme technologique.[38] J. Luzi, « Le religioni industriali contro la natura e la libertà. Cosmismo e Transumanesimo », L’Urlo della Terra, n°12, juillet 2024 (resistenzealnanomondo.org).
[39] L. Wittgenstein, « Conférence sur l’éthique » (entre septembre 1929 et décembre 1930), Gallimard, Paris, 1992, p. 155.
[40] L’expression est de W. Sofsky, Citoyens sous surveillance, L’Herne, Paris, 2021. Comme l’énonce l’un des personnages de C. McCarthy : « La vérité, c’est que tout le monde est en état d’arrestation. Ou ne tardera pas à l’être. Ils n’ont pas besoin de restreindre votre liberté de mouvement. Il leur suffit de savoir où vous êtes. » Et, aurait-il dû ajouter, ce que vous faites là où vous êtes, quoique vous fassiez (Le passager, éditions de l’Olivier, 2023 (2022), p. 385).
[41] C. Castoriadis, « Réflexions sur le racisme », op.cit., p. 37 & 38. Du point de vue de la raison, la critique de l’occidentalisation du monde (l’auto-réflexion) n’implique pas d’exonérer les autres cultures de l’examen réflexif.
[42] G. Anders, L’Obsolescence de l’homme. Tome II : Sur la destruction de la vie à l’époque de la troisième révolution techno-industrielle (1955-1979), Fario, Paris, 2011, p. 404.
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