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"Œil de l'arbre" de Jean-Noël Guéno ou un rempart contre l'arrogance, chronique.

📅 29 septembre 2026

   A l’image du titre, L’œil de l’arbre, qui dans une magnifique concision résume tout l’esprit du recueil, Jean-Noël Guéno nous propose une œuvre dépouillée, d’une touchante humilité. Est-il l’arbre lui-même, les branches tendues vers le ciel dans une permanente quête spirituelle, « élan de l’espoir » et les racines bien ancrées dans le sol puisant la sève de la vie et l’eau qui « charrie dans son flux les maux du passé » ?  Au milieu, l’œil est vigilant, modérateur des pensées extrêmes, des dogmes mortifères et des âmes hétéronomes ; il est le filtre des matérialismes vénaux, de la suffisance et de l’égotisme. Entre le ciel et la terre, se dresse le tronc, l’homme, le poète passeur dans sa fonction qu’évoque Victor Hugo. Il est doyen, mémoire du monde toute de sagesse.

 « Ce que m’a couté de larmes, enfant, le droit de douter de l’existence de Dieu ».

   Le poète est rempart. Victor Hugo ? La belle affaire ! Et Nougaro ? Et Bashung ? Mais le poète n’est-il pas celui qui sait se terrer. Est-il « l’écrit vain » ? Mais la vanité n’est pas celle de la gloire. Elle est celle du doute, de l’absence, de la non reconnaissance.

« Creuser sa voix(e) même si c’est une impasse »

   Ainsi l’ont fait Cadou, Lavaur ou Rousselot. Entre autres. Ils sont des pères. Des inspirateurs. Ils furent les arbres de la forêt ainsi que le fut le père de Jean-Noël Guéno, solide mémoire « aussi modeste fût-elle ». Et la mère ? « Peu douée pour le bonheur ». Certes. Mais du bois dont on fait les chênes :

 « Ton monde s’effondrait : basé sur le respect, le mépris des fausses gloires, et le devoir jusque dans la douleur… »

   Les pères nous appellent à la résistance. Si nous sommes aux abois, il faut mener le combat tels le mercure et le houx qui portent en eux-mêmes les gènes de l’opposition contre l’arrogance, le pouvoir et le mépris. Les peintres portent, eux aussi, les traces de cet affrontement : la guerre et la légèreté des nymphéas chez Monet, la détresse et les couleurs chez Bonnard, le noir de Soulages d’où jaillit la lumière, « la valse des couleurs qui couvre l’incendie » de Chagall.

   Difficile est la lutte car l’homme est pernicieux.

 « Quelle confiance accorder à cet intellectuel qui, au soir de sa vie, déclarait à un journaliste que toute son œuvre ne pesait rien face à un enfant qui meurt de faim ? 

Lucidité tardive ou dernière pirouette ? »

 

"Oeil de l'arbre" de Jean-Noël Guéno aux éditions du Petit Pavé 12€

 

Couverture : photographie de Pascal Jaugeon