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"Carnet d'un voyage dans les Comores" de Jean François Roth 13/17

📅 16 septembre 2026

Mercredi 23 février 2022

   Levé très tôt. Pluie tropicale. La menace cyclonique se précise. Je reste dans ma chambre pour relire et corriger ces quelques pages. Plus tard, je profite d'une éclaircie pour acquérir quelques épices : des noix de muscade dans leurs résilles de macis, du poivre et des tubercules de curcuma. Mais ni girofle ni vanille : leur saison est passée, tout est déjà parti.

   Après-midi de lecture. Dans Cléa, je relève une formule que je fais volontiers mienne : " Je n'écris pas pour ceux qui ne se sont jamais posé cette question : où commence la vie réelle."

   Chose vue : Une marelle dessinée sur le sable de la plage, qui ignore la case du ciel. La vie réelle. 

   Entre deux orages, promenade en direction de la forêt. Pente rude, chemins de terre défoncés par les pluies et le passage des motos. Quelques rares papillons. Des clôtures de jardins en palmes tressées, fréquemment renforcées par des sortes de géraniums arbustifs. Je croise des paysans ; chacun avec sa machette, un sac de citrons.  Un homme grimpe en poussant une brouette où deux enfants sont assis : Ça va ? Ça va. Parfois une salutation en comorien qui se termine par la question de la santé. Les échanges sont souriants, paisibles. Mais le ciel noircit. Le retour s'impose.

   Chose vue : La porte bleue d'une maison isolée sur laquelle est peint en orange et en lettres capitales ce simple mot : PERSONNE.

   Vers vingt heures, je reçois un coup de téléphone de mon amie. Le cargo ne partira pas. La mer est trop dangereuse. Mais elle va trouver une solution. Elle me rappelle. Il reste une place disponible sur l’avion en partance demain matin. Elle est pour moi. Elle a fait ce qu'il fallait pour cela. Va pour l'avion. Bien que je pense qu'au vu des conditions météorologiques, ce vol risque d'être périlleux. Quitte à périr, je préférerais que ce soit dans un naufrage (je sais nager). 

 

Photographie de Jean-François Roth