Immensité d’une plage, à marée basse, en hiver
Étendue infinie de ciel gris
Ligne d’horizon lointaine, confondue
Vaste étendue d’eau, vert pâle, parsemée de minuscules accents circonflexes
Sur la bande de sable beige au loin, un tas laiteux
Une méduse échouée, énorme, ronde, visqueuse, aplatie sur le sable, attendant le retour de son élément vital
Je la vis comme le malade, sa pâleur, sa patience triste, son acceptation non voulue de la dépendance
Un seau d’eau de mer jeté lui rendit sa brillance
Elle se mit à tinter du cri joyeux des enfants, lorsqu’ils jouent au bord de l’eau sous le soleil chaud de l’été
Elle refléta une guirlande en couronne de bras, de jambes bronzées, dansant la farandole sur les parois de gélatine luisante
Elle refléta des déchets de la plage, plastique couleur orange fluo, des cordes bleues, du bois flotté gris
Elle refléta des oursins violets, des algues vertes mêlées à des anémones de mer saignantes, des coquillages nacrés
Elle refléta une mouette volant contre le vent comme à reculons, battante, tenace, puis heureuse, folle, emportée sans effort par le courant des rafales, enfin décidée à plonger bec en avant
La marée montante vint reprendre la méduse entraînée vers l’horizon.