Elle est partie un matin
Marcher sur la route
Dans une robe de satin
Que floute le vent
Comme un bouquet d’immortelles.
On l’a vue prendre le nord
L’air de rien, longer les bords
De la margelle d’une fontaine
D’eau lourde plombant
Le bassin de son antienne.
Elle va, doucement
Le regard tout mêlé d’air
Ouaté comme l’éther
De sa mémoire volatile.
Bientôt, d’un pas malhabile
L’Ondine quitte la voie,
Elle emprunte la sente,
Entame une descente
Jusqu’à la croix
De la route forestière.
Elle tire sur ce chemin de halage
Une barque toute remplie de son âge
Et d’un cœur pur comme l’eau de rivière.
Elle pose son pot.
Elle s’assied enfin.
Près d’elle, une bouteille de vin
Qu’elle coule dans un léger clapot.
Elle pile dans le mortier
Le philtre létal
Qu’elle avale tout entier.
D’abord elle s’endort
Toute amollie dans les cystes
Non loin de la piste
Qu’ignoreront, plein de remord
Ceux qui la hèle.
Puis, l’Ondine meurt
Dans la raideur du chien de fusil.
Belle encore, le jour luit.
Il passe sur sa peau blanche
Que la lune pâlira.
La mantille des branches
La couvre de l’ombre qui choit.
Et passent les fourmis
Suivant les plis de sa robe.
Où se dérobent peut-être
D’autres bêtes du fond de la nuit,
Assoiffées du tarissement de ses larmes.
Photographie L'Altérité