Mercredi 16 février 2022
Nuit difficile. Vers minuit une clameur m'a réveillé. J'apprendrai ce matin qu'il s'agissait du but marqué par le P.S.G. contre le Réal de Madrid. Plus tard, le rat est revenu jouer bruyamment. Si j'accepte volontiers son insolence, son tintamarre me révolte.
Chose vue : Coincée dans un embouteillage, une automobile avec en bandeau sur le pare-brise : « C'est la vie du Coran ».
Retour au vieux quartier. Là, devant la zaouïa d’Al Maarouf, un petit bonhomme rondouillard, boudiné dans son costume, me prend la main et la serre pendant qu'il se lance ans un long discours. J'en retiens qu’Al Maarouf était un élu du Dieu. Pour preuve : à l'époque de la colonisation, dans cette même rue où s'élève à présent son sanctuaire, il avait été visé par un soldat. Mais la balle au moment de l'atteindre s'était brusquement cabrée pour monter à la verticale et se désintégrer en une pluie d'écume. Satisfait d'avoir obtenu mon attention, mon homme, plus vaniteux que la Pierre noire de la Mekke, se lance dans un exposé des quatre instances : le corps, le cœur, l'esprit et l'âme. Quelle patience ne me faut-il pas… Arguant d'un rendez-vous important, je m’esquive enfin par une ruelle.
Midi. Je prends une rapide collation dans le restaurant de mon quartier : le Zanatany. Du riz et du poisson sauce. La caissière qui me rend la monnaie avise la marque de mon ticheurte : Vous avez un Maki ! Vous connaissez donc Madagascar. Oui, lui réponds-je. Et vous êtes allé ? … A Tananarive, Majunga, Manacar, Antsirabé, Moroundave, Mahambo et bien d'autres endroits encore. Jamais à Diégo ? Jamais. Et pourquoi ? C'est une très jolie ville, je sais. Je sais aussi, de réputation et à présent de constat, la grande beauté de ses femmes ; mais je n'ai plus l'âge d'en jouir, sans compter le risque de lacérer une paix qui me tient à cœur.
Son sourire me convainc de la justesse de mon propos. Je m'éloigne que déjà le regret me point.
Je retrouve mon amie qui vient de boire un petit whisky. Je lui demande si ce n'est pas pécher, elle me répond que le Dieu seul le sait. J'évite la question afférente : la loi est-elle un trombone à coulisse ? Elle m'en apprend de belles. Son fils a regagné la société des hommes et a tranché. Il se mariera bien avec son Africaine, mais refuse qu'elle, sa mère, se présente à son mariage. Quelle humiliation ! Je lui dis que cette traîtrise et son ambition en feront certainement un homme politique retors. Cette dernière réflexion lui tire une larme, d'autant plus amère que ce fils ingrat ne veut pas la voir et lui déconseille le voyage de Mohéli. Nous irons cependant, quitte à dormir à l'hôtel.
Enfin un vrai tuyau. Pour trouver de la bière, il faut aller à la mission catholique, m'a dit un groupe de vieilles dames après concertation. Là-bas, ils en ont beaucoup, beaucoup ! Pour les jésuites, la conversion des infidèles passerait donc par Heineken. Voilà une apologétique qu'on serait bien en peine de trouver chez ce pisse-vinaigre de Pascal !
Heure crépusculaire. J'assiste au défilé des porteurs de seaux qui vont s'alimenter à la borne du quartier.
Chose vue : sur le chemin obscur de la nuit, croisé une femme dont le vêtement crépitait de lucioles.
Photographie de Jean-François Roth
