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"Carnet d'un voyage dans les Comores" de Jean François Roth 4/17

📅 16 août 2026
Lundi 14 février 2022
 
   Après une matinée épuisante à tenter de régler aux services consulaires des litiges administratifs au bénéfice de mon amie, je retourne dans ma petite maison en tôle.  Assis sous la varangue, devant une ligne de plantes à feuilles rondes, des sauvageonnes qui poussent au pied de la clôture d'en face, je lis. Un homme passe, il chipe de ces plantes. « Des kiolampa, me dit-il. C'est bon contre la toux ». L'air se grise d'une fumée de charbon de bois. A quelques mètres, un vieil homme de voisin est assis sous son arbre. Son sourire est douloureux jusqu'à ce que d'un coup... 
 
Assis depuis le matin 
sous l'arbre
pour qu'enfin son chant se lève
 
   Je m'étais arrêté hier sur une phrase de L. Durrell, cet après-midi je l'ai retrouvée dans la vraie vie. Comme le chant de ce voisin m'est précieux ! Musique, vraie innocence ; ta demeure est au-delà de la vérité et de l'illusion. Je t'envie.
 
   Chose vue : Sorti pour un petit achat, j’avise une boutique qui vante la "médecine prophétique" et propose de l'eau "coranisée".
 
    Mon amie, de retour, suggère que dès demain nous nous occupions de la réservation de l'avion pour Mohéli. Je lui dis préférer y aller en bateau. Ce sera une occasion de découvrir la campagne de la Grande Comore. Le port aux kwassa kwassa se situe à une trentaine de kilomètres de la capitale.
 
   Alors que nous sommeillons, je suis réveillé par un grattement dans une poche plastique, près de la tête. Lumière faite, il s'agit d'une araignée d'une taille tropicale. Je m’apprête à détruire l'intrus quand mon amie retient mon geste. Où avais-je la tête ? Qu'allais-je faire à cet animal qui jouit de l'unanime protection des croyants depuis qu'il a occulté la grotte où se cachait le prophète lors de sa fuite de la Mekke ? Mon amie se rendort.  Peu après c'est le rat qui vient jouer avec une boite de soda. Elle se réveille, et s'inquiète. « Ah ! Non, ma chérie. Ce rat m'est cher. De plus toute concession exige sa réciproque. Tu as l'araignée, laisse-moi le rat. ». C'est ainsi que deux ne dorment que d'un œil.
 

Photographie de Jean-François Roth