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Paris, le 15 juin 1969
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Florian Syldenberg
12, rue Daubigny
75017 = PARIS
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Monsieur Louis Hérault
32, route de Wattay
Vientiane
Laos
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Monsieur, c’est à vous que j’écris.
Vous ne me connaissez pas mais vous savez que j’existe car Lucie Dumontel, honnête comme elle l’a toujours été, vous annonçait dans sa lettre d’adieu du 25 juin 1966 qu’elle avait décidé de s’installer chez moi à Paris et qu’elle ne vous rejoindrait pas à Vientiane.
À l’époque, vous accomplissiez votre service militaire au Laos en tant que coopérant.
J’ai rencontré Lucie alors qu’elle n’était qu’une enfant, nous avons toujours été très proches. L’année de votre départ, Lucie restée à Paris, se préparait à venir vous rejoindre et elle me parlait de vous, me lisait certains passages de vos lettres, que je commentais. J’aimais beaucoup qu’elle se confie à moi. Je n’ai pas soupçonné le trouble dans lequel je la jetais en m’immisçant dans votre histoire. Sans m’en rendre compte, j’ai peut-être œuvré dans l’ombre pour l’influencer et la convaincre de ne pas faire ce voyage jusqu’à vous. J’ai laissé Lucie mon amie de cœur décider par elle-même et elle a choisi entre nous deux.
Nous sommes en 1969 et après, avoir passé trois ans ensemble en partageant beaucoup de choses, je dois vous avouer qu’aujourd’hui Lucie m’a quitté.
Vous pensez bien que je ne vous écris pas pour vous demander une quelconque intervention auprès d’elle. Je veux seulement que vous acceptiez d’ouvrir le colis que je vous envoie. Il contient vos deux correspondances du printemps 1965 à l’été 1966 comprenant les lettres de Lucie que vous lui aviez retournées à mon adresse ainsi que les lettres que vous lui aviez écrites qu’elle gardait chez moi.
Lucie a déposé ce paquet de missives bien en vue sur la table de ma salle à manger pour que j’en prenne connaissance.
La lecture de cet échange épistolaire a été pour moi un choc et une révélation. J’ai découvert une évidence sur laquelle vous devriez prendre le temps de réfléchir.
Je vous restitue cette double correspondance pour que vous la relisiez avec attention.
Bien à vous. Florian Syldenberg
Photo Michel Rosse
