|
Vientiane, le 28 juin 1966
|
|
|
Louis Hérault
Vientiane
|
Lucie Demontel
Paris
|
Lucie,
Je voyais bien que depuis quelque temps, tu m’écrivais sans conviction. Tes dernières lettres ne répondaient pas à mes questions mais de là à en aimer un autre ! Non, non, non ! Oh ! Ma petite, ma jolie Lucie, qu’as-tu fait ? Personne n’a été aussi heureux que nous, il n’existe pas d’histoire qui soit à la hauteur de notre histoire.
Je veux, épuisé de fatigue, marcher avec toi dans les rues humides de Londres.
Je veux entrer dans notre hôtel pour une dernière nuit d’amour.
Je veux te voir repousser les draps et apparaitre nue.
Je veux relever ta mèche de cheveux pour embrasser tes yeux, passer et repasser mon doigt sur tes lèvres jusqu’à ce que tu réclames le baiser.
Je veux te soulever jusqu’à ce que tes jambes se croisent sur mes reins, t’allonger, regarder tes seins libérés et les prendre dans mes mains, lécher ton cou et descendre toujours plus bas.
Je veux que monte mon désir.
Je veux que vienne ton plaisir, mon amour.
Je veux te regarder te rhabiller, ma beauté.
Je veux te voir vive, rapide, t’activer ma petite fourmi.
Je te veux toi.
Je suis décimé. Tes lettres me manquent, chaque partie de toi me manque. Qui connaît mieux que moi ton corps fragile, ton regard inquiet, ta sincérité ? Mais tu voles vers d’autres bras, tu cours vers un autre destin, me laissant brisé au bord du chemin.
Louis
Photo Michel Rosse
