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Vientiane, le 18 juin 1966
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Louis Hérault
Vientiane
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Lucie Demontel
Paris
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Lucie,
Quelle jeune femme es-tu pour ne pas rêver de prolonger notre amour en une longue lune de miel, en un séjour de vacances dans un pays nouveau plein de ressources où les contraintes sont inexistantes ?
Avoir l’opportunité de découvrir le Sud Est asiatique n’est pas donné à tout le monde, t’en rends-tu compte ? Je ne pensais pas opportun de te décrire les attraits du Laos avant que tu sois là mais tu as l’air de remettre en question ton voyage, alors écoute-moi :
- Il y a ici la possibilité de faire des randonnées en voyageant sur le dos des éléphants car c’est le pays du million d’éléphants.
- Quand on navigue sur Le Mékong, on découvre que la couleur du fleuve varie du vert de gris au beige selon la quantité de limon qu’il charrie.
- Lors de soirées sur les maisons flottantes, on assiste à de merveilleux couchers de soleil. Le ciel s’enflamme d’un coup et la nuit tombe aussitôt dans un silence total.
- Lors de fêtes qu’on appelle « les Baci » on se promet de ne pas se quitter en s’attachant des fils de coton autour des poignets.
- Assister aux manifestations religieuses bouddhistes dans les pagodes avec les prières ponctuées par le chant des bonzes est émouvant et de l’ordre du sacré.
- Et cette cuisine remarquable, ces soupes parfumées, j’espère égoïstement que tu apprendras à les cuisiner.
Je ne sais pas comme toi écrire d’une façon colorée, je fais de mon mieux pour te donner envie de connaître toutes ces choses, mais cela sera-t-il suffisant ?
Y a-t-il quelqu’un d’autre dans ta vie ? Je dois reconnaître que les hommes que l’on croise quand je te tiens par le bras te regardent avec insistance et cela me rend fier. Quelque chose en toi attire les hommes, est-ce ton naturel poussé à l’extrême, ton innocence qu’ils aimeraient te faire perdre ? Est-ce ton regard droit, ton air décidé qui leur font l’effet d’un défi à relever ?
Si tu as rencontré quelqu’un Lucie tu dois me le dire, ne me laisse pas dans le doute.
Maintenant si tu as juste pris la décision de rester à Paris, sache que j’attendrai la fin de mon service militaire et en rentrant, nous reprendrons nos serments mais je t’en supplie, parle-moi, écris-moi.
Je t’embrasse. Louis.
Photo Michel Rosse
