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Vientiane, le 11 juin 1966
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Louis Hérault
Vientiane
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Lucie Demontel
Paris
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Lucie,
Ton silence m’est insupportable. Enfin Lucie, te rends-tu compte de ce que tu m’infliges ? Depuis cette lettre du 30 mai 1966, où tu écris : « Je crois que je ne vais pas pouvoir te rejoindre », j’attends comme un fou que tu m’expliques ce que veut dire : « ne pas pouvoir ». Il y a forcément une raison à cet empêchement, quel événement t’oblige à changer ton projet ? Y a-t-il une nouvelle entrave à ton départ ? L’attente de ton explication me met sur des charbons ardents, je suis malade d’inquiétude, je ne dors plus. J’ai autour de moi des amis qui ne comprennent rien à mon tourment, je ne sais pas quoi leur dire. Ils font tout pour me sortir de ma torpeur. Ils me proposent de les rejoindre pour faire la fête. Ils s’arrangent même pour que je rencontre de jolies jeunes femmes. Les tentations sont nombreuses ici mais je ne pense qu’à toi.
Le 28 octobre 1965 à Londres, au moment de se quitter, j’ai reçu ton serment, tu as juré que notre séparation serait courte. Toutes tes lettres ont confirmé ton intention de venir me rejoindre.
Je suis sonné, je suis un homme à terre. Ma Lucie généreuse, joyeuse, ma Luz, lumière de ma vie, mon amour, je ne peux perdre le pur diamant que tu représentes pour moi.
Tu m’as toujours laissé croire que tu viendrais, je ne comprends plus rien. Où est passé ton désir d’échapper au carcan familial et ton rêve de voyager l’as-tu étouffé ?
Quelles preuves d’amour exiges-tu de moi ? Que dois-je faire pour te convaincre que t’aimer est ma seule raison de vivre ? Je t’en supplie, écris-moi.
Je t’embrasse. Louis.
Photo Michel Rosse
