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Paris, le 22 mai 1966
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Martine Laborde-Plessis
4, allée Floréal
Meudon
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Lucie Demontel
Paris
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Chère Lucie,
Désolée, samedi prochain, cela tombe, on ne peut plus mal, j’ai rendez-vous chez mon médecin gynécologue. Ma grossesse ne me pose aucun problème mais, il paraît, je ne grossis pas. Je ne m’en plains pas, mais je veux être sûre que tout est normal.
Bon, je suppose que ma santé est bien le dernier de tes soucis !
Je me demande ce que tu attends de moi ? Comment veux-tu que je juge des sentiments que tu éprouves pour un garçon que je ne connais pas. Je veux être franche avec toi. Il me semble que lorsqu’on a fait un serment à quelqu’un, on ne doit pas se laisser gruger par une autre personne qui vous jetterait de la poudre aux yeux !
Ton cas n’est pas simple, je le reconnais. Moi-même, j’aurais hésité à rejoindre Gérard s’il était parti si loin. Mais enfin, la distance n’empêche pas de s’aimer ! Attendre est toujours possible. Toi qui parles de ta grand-mère, te rends-tu compte de ce qu’elles ont vécu nos grands-mères avec leurs hommes à la guerre ?
Tu sais combien je t’aime Lucie, c’est stupide, je n’ai pas à te parler comme si j’étais ta sœur ainée, prends ton temps avant de tout casser. On se verra le weekend prochain, je sais qu’en semaine, tu n’as pas de temps.
Je t’embrasse.
Martine
Photo Michel Rosse
