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Paris, le 18 mai 1966
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Lucie Demontel
Paris
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Louis Hérault
Vientiane
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Louis,
Je trouve que tes lettres sont de plus en plus courtes. Est-ce que tu m’aimes moins ? Je crains que tu te lasses de mes hésitations, de mes difficultés à boucler ma valise et venir te rejoindre. Depuis nos calmes vacances en Vendée, tant d’événements nous ont bousculés ! Le brusque saut dans un pays inconnu pour toi et, pour moi, le bouleversement de ton départ, mon entrée dans la vie active et le choc de la mort de ma grand-mère.
Qui de nous deux est fort ? qui est le maillon faible de notre couple ? J’ai relu tes lettres et, plusieurs fois, tu dis que tu me croyais plus forte. Tu joues de ton autorité naturelle, et moi, j’ai du mal à accepter de marcher dans ton ombre. Je ne me montre pas très résolue, je reconnais que malgré mes promesses, je fais preuve de faiblesses mais tu dois prendre conscience de ma fragilité. J’ai tenté plusieurs fois de te décrire l’irrésolution, l’un des traits de mon caractère.
J’ai essayé de t’expliquer, qu’après mon baccalauréat, j’ai éprouvé le regret de ne pas continuer mes études. En tant que jeune fille de bonne famille, on visait pour moi un beau mariage. Il n’importait pas à ma mère que je m’inscrive à la faculté.
Cet ami Florian, dont je t’ai parlé, pense que j’aurais dû faire des études littéraires. Il dit que j’ai le don de conteuse d’histoires et que je devrais écrire la vie étonnante de ma grand-mère.
Je continue à te reprocher de ne pas me raconter en couleur tes journées à Vientiane. Dis-moi que tu vas bien, dis-moi que tu es heureux, malgré mon absence. À Paris, il fait un temps magnifique, sur la terrasse allongée sur une chaise longue, je bronze.
À jeudi mon chéri. Mille bisous.
Lucie.
Photo Michel Rosse
