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Vientiane, le 28 avril 1966
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Louis Hérault
Vientiane
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Lucie Demontel
Paris
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Ma Lucie chérie,
Que je suis triste que tu ne sois pas à mes côtés pour fêter ton anniversaire ! J’attendais le 28 avril avec impatience, j’avais vraiment cru que tu quitterais Paris le lendemain de ta majorité. Ce 28 avril représentait pour moi une date symbolique. J’imaginais que tu te déciderais à envoyer tout le monde balader et que, libérée de tes préjugés, prenant ton destin en mains, tu serais venue me rejoindre à cette date.
Comment ai-je pu échafauder le scénario merveilleux de te tenir dans mes bras le jour de ton anniversaire ? J’ai cru en tes promesses, j’ai cru en tes serments.
Je te rappelle notre dialogue aux Four Chimneys à Londres dans notre chambre d’hôtel. Je t’avais demandé : « Lucie puisque tu décides de devenir ma femme pour la vie, te sens-tu prête à tout quitter, es-tu sûre de toi ? »
Et tu avais répondu : « Tant que je n’aurais pas été jusqu’au bout de mon désir de tout partager avec toi, je ne serais pas heureuse ».
Aujourd’hui, je te souhaite un bon anniversaire, tu as vingt et un ans et tu vas prendre le chemin que tu as choisi.
Cependant, je dois t’avouer que dans tes dernières lettres, je ne te reconnais pas. Dans ce que tu écris, tu me fais découvrir une jeune fille gâtée, entourée, protégée par sa famille qui s’installe, un peu plus chaque jour, dans une routine de travail qui lui semble satisfaisante. Cette jeune fille me paraît différente de la Lucie que je tenais dans mes bras, il y a six mois.
Pour mon malheur, la personne que tu es aujourd’hui semble se laisser charmer par un garçon qui lui offre des places de théâtre.
Ta dernière lettre, me fait douter, es-tu en train de changer ? Qu’ai-je fait pour mériter cela ? Réponds-moi vite, je t’en supplie.
Ton Louis.
Photo Michel Rosse
