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"Dis, quand reviendras-tu" de Marie Christine ROSSE 83/103

📅 17 mai 2026
Episode 83/103

 

Vientiane, le 12 avril 1966
Louis Hérault
Vientiane
 
Lucie Demontel
Paris

   Lucie,

   Comment tes parents ont-ils pu interpréter ma lettre de cette façon ? Pourquoi ne m’as-tu pas mieux défendu ?  Tu ne tiens pas ta promesse de leur résister, je suis déçu, je ne reconnais plus ma Lucie, battante, courageuse et déterminée.

   Je dois te dire autre chose aussi. Franchement, j’en ai marre d’entendre parler de ce Florian. Je reprends le déroulé de ta lettre, et le mot qui m’interpelle ce « Après » que tu écris. Tu ne me racontes pas ce que tu as fait : « Après », tu dis : « Après, le reste du samedi a passé très vite ». Très vite ? En compagnie de Florian ou sans Florian ? J’aimerais bien savoir si tu passes tous tes samedis avec lui ? Je suis inquiet car tu n’es pas toujours consciente du charme que tu dégages auprès des hommes. Il y a peut-être en toi une capacité à frôler les limites ou un goût pour le marivaudage ? Dis-moi si je me trompe ?

   Soyons nets Lucie, tu flanches. Toi qui m’écrivais, il y a à peine un mois ta fierté de prendre la décision (qui n’appartient qu’à toi seule) de venir me retrouver, dès ta majorité acquise. Te voilà aujourd’hui, prête à accepter au nom de je ne sais quels principes que l’on décide pour toi. Tu t’embourgeoises Lucie, c’est tout de même bien de nous qu’il s’agit, c’est tout de même à nous de savoir ce que nous voulons faire de nos vies. Et voilà que tu envisages de repousser de deux mois la date de ton arrivée, je te somme de me donner une date, j’en ai besoin pour croire en toi.

   Je comprends que tu aies envie d’accompagner ta mère dans son travail de deuil. Mais ce n’est pas de ta mère qu’il s’agit, c’est de toi et moi. On attend, on se bat pour obtenir ce que l’on désire et tu flanches. Moi, je sais ce que je veux, je veux te voir ici le plus vite possible et le reste ne m’importe pas. Je ne suis pas sûr que tu le saches aussi bien que moi. Ce n’est pas toi que je vais devoir convaincre maintenant ! Je crois que le travail qui t’occupe, les événements douloureux que tu rencontres te font perdre de ta virulence, c’est réussi. Je suis navré de te voir t’installer dans ce confort moral avec autant de résignation.

   Sache, combien il me coûte de t’écrire tout cela. Je sais d’avance que, de toute façon, j’accepterais toujours ce que tu auras décidé de faire.

   Mon amour que j’aime ne te résigne pas. Louis.

        

Photo Michel Rosse

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