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"Dis, quand reviendras-tu" de Marie Christine ROSSE 82/103

📅 13 mai 2026
Episode 82/103

 

Paris, le 6 avril 1966
Lucie Demontel
Paris
Louis Hérault
Vientiane

   Cher Louis,

   Tu ne peux pas savoir ce que j’ai eu à supporter au déjeuner de samedi midi.

   Comme ma famille me questionne toujours sur toi et sur ce qui me pousse à te rejoindre, je leur ai lu à table ta dernière lettre. Celle où tu y décris l’incident à l’aéroport de Saïgon, mais surtout la description des rues, des cafés et de l’ambiance qui règne dans la ville. Et, bien c’était une très mauvaise idée. Quelle erreur ! Mon Dieu ! L’effet sur eux a été totalement inversé. Ils ont été horribles. Mon père n’a retenu de ta lettre que le passage des lingots d’or dans ta valise, sous-entendant que tu étais sûrement complice ! Tu te rends compte qu’il est capable de dire de pareilles choses sur toi ! Même maman qui, pourtant prend d’habitude ma défense, n’a pu s’empêcher d’insinuer que finalement je ne te connaissais que depuis peu de temps et que j’avais peut-être tort d’avoir confiance en toi. Lucas a rajouté sa pression insupportable.

   Je suis montée dans ma chambre et je me suis mise à pleurer. Je ne comprenais rien à leurs réactions. J’avais adoré lire tes lignes. Le ton de tes propos me plaisait, c’était une lettre aux longues phrases, aux descriptions colorées, exactement le charme qui parle à mon cœur.

   Heureusement, Florian m’a téléphoné et il a eu la très bonne idée de proposer de me conduire au Comptoir des îles, une grande boutique du boulevard Saint Germain spécialisée dans les vêtements ultras-légers.

   Dans la boutique, Florian me donnait son avis à chaque essayage. Je me changeai à toute vitesse pour ne pas le faire attendre, il avait été déjà assez sympa de m’indiquer cette adresse. Je le voyais depuis la cabine, il parlait avec la vendeuse et avait l’air de s’amuser. J’ai choisi un short kaki et une chemise, une robe de crépon rouge particulièrement jolie et un pantalon en lin non-moulant resserré à la cheville ce qui le rend bouffant. Après le reste du samedi a passé très vite.

   J’ai réussi à oublier toutes les paroles épouvantables de ma famille. Le soir, je me suis endormie sur mon oreiller encore mouillé de mes larmes.

   Je dois te dire qu’il est trop tôt pour moi de venir te rejoindre dès la fin avril. J’ai pris de tels engagements vis-à-vis de maman, j’ai à l’aider à finir de vider le pavillon de mémé. Sans compter ce qu’il y a dans la cave et qui n’est pas une mince affaire. Je ne peux pas laisser tomber ma famille dans ces moments douloureux. Ils se sont toujours bien occupés de moi et m’ont toujours gâtée.

   Mon chéri, je suis désolée de devoir encore te contrarier mais je viendrais plutôt courant juin.

   Je t’embrasse, mon amour. Lucie.

        

Photo Michel Rosse

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