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"Dis, quand reviendras-tu" de Marie Christine ROSSE 75/103

📅 19 avril 2026
Episode 75/103

 

Vientiane, le 5 mars 1966
Louis Hérault
Vientiane
 
Lucie Demontel
Paris

   Mon inquiète Lucie,

   Tu peux dire à ton père que le calme règne de nouveau à Vientiane. Il y a bien eu cet incident que l’Agence France Presse a monté en épingle. Le général d’aviation Thao Ma dans une manœuvre d‘intimidation contre le gouvernement a fait survoler la ville à basse altitude par quelques avions militaires. Il a aussi donné l’ordre de déployer des engins blindés légers dans deux ou trois sites clés de la capitale. Cette manœuvre n’a duré qu’une journée. Les choses sont rentrées dans l’ordre lorsque que Thao Ma a constaté qu’aucun officier ne suivait sa démarche. C’était impressionnant d’entendre les avions et de rencontrer les engins blindés dans la ville mais, à aucun moment, nous n’avons ressenti de danger dans cette situation. Je ne sais pas ce que les journaux ont raconté, il n’y avait pourtant pas grand-chose à dire de cet événement.

   En ce qui concerne ta demande en mariage, elle me pose de nombreuses questions. Certaines choses me tracassent.

   Tu devras te soumettre à une enquête policière, c’est la règle quand on épouse un militaire.

   Nous serons mariés par l’Ambassade, mais je n’ai aucune idée du contrat de mariage qu’il faudra contracter. Cependant, je peux me renseigner.

   Pour ce qui concerne un mariage religieux, je n’ai pas pu en parler à ton père puisque je ne l’ai pas rencontré mais je dois t’avouer que je ne suis pas baptisé.

   Autre détail : je ne vois pas en quoi tes parents seraient rassurés si on se mariait au Laos.

   J’ai un a priori défavorable sur l’institution du mariage qui lie deux personnes par une convention sociale arbitraire qui n’empêche pas les couples de se séparer comme l’ont fait mes parents. Je dois t’avouer qu’à quinze ans, j’ai fait une sorte de dépression quand mes parents ont divorcé. Ils m’avaient laissé le choix de vivre avec l’un ou l’autre, j’étais coupé en deux, c’était horrible. J’ai choisi d’habiter chez ma mère en regrettant de laisser mon père vivre seul.

   Je préfère que nous restions sur ta proposition de venir me rejoindre après ton anniversaire, dès tes vingt et un ans le 28 avril. Nous ne sommes plus à un mois près.

   Je ne me lasse pas de regarder nos photos de Londres. Elles sont merveilleuses. Je me rappelle cette jeune anglaise à qui j’avais confié mon Leica M3, elle ne me paraissait pas du tout douée pour la photographie. Elle s’en est particulièrement bien tirée. Que tu es belle dans cette lumière froide portant ton manteau vert au col de fourrure.

   Je t’adore. Louis.

Photo Michel Rosse

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