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"Dis, quand reviendras-tu" de Marie Christine ROSSE 72/103

📅 08 avril 2026
Episode 72/103

 

Paris, le 28 février 1966
Lucie Demontel
Paris
Louis Hérault
Vientiane

   Louis,

   Depuis ton départ au Laos, j’attendais que tu me racontes dans tes lettres ce que tu vis à Vientiane. J’attendais que tu me parles des marchés dont on dit qu’ils sont extraordinaires par leur mélange de couleurs et d’odeurs. J’attendais des descriptions de coutumes exotiques, ethniques. J’attendais que tu me parles du Mékong, de la végétation qui pousse sur ses rives, des bateaux, des techniques employées par les pêcheurs. Dans tes lettres, tu ne me décris rien de tout cela. À la place, j’ai eu droit à une chasse au tigre. J’ai été très choquée par cette lettre. Tu n'as aucune honte à raconter que vous avez blessé un pauvre tigre qui maintenant agonise dans la forêt. Ne compte pas sur moi pour porter une griffe de tigre autour du cou.

   Tu le sais pourtant que ma famille adore les animaux. Tu connais Joke, tu connais Tigrou, tu ne connais pas encore Topaze la jument de papa. Mon père déteste la chasse. Nous avons toujours eu des animaux apprivoisés à Paris, ou à la campagne.

   Bon, je n’insiste pas et tant mieux pour toi si tu as pris du plaisir à chasser et à tuer.

   Parlons d’autre chose, je continue à être très bien vue par mon patron mais il a tendance à se moquer de ma naïveté. Ce matin, il vient me dire qu’il avait promis de m’augmenter après mon mois d’essai.

- Je trouve que c’est un peu tôt Lucie, vous avez encore des progrès à faire.

Je réponds gentiment.

- Bien, Monsieur Canet, je comprends.

Et là il se met en colère.

  - Comment pouvez-vous répondre « bien Monsieur Canet ! » Enfin ma petite fille, vous devez apprendre à vous défendre, révoltez-vous, trouvez des arguments, à quoi rime Lucie cette attitude soumise ? 

J’ajoute.

- Je pensais Monsieur Canet que c’était à vous de décider. 

 Je t’ai dit je crois qu’il m’a acheté une machine à écrire électrique une IBM qui me simplifie la vie pour la frappe des rapports. Je pensais que c’était pour cela qu’il ne m’augmentait pas. Mais je n’en avais pas fini avec ses commentaires, il a ajouté.

- Voyez comme vous êtes timide Lucie ! Tout le monde vous apprécie ici, vous méritez vos 900 francs. Vous les aurez le mois prochain.

   Tu ne peux pas savoir comme j’étais contente. En sortant, je me suis achetée dans la boulangerie un Paris-Brest, ce gâteau que j’adore, je l’ai mangé dans l’autobus.

   Ce soir, je vais à l’exposition de Salvador Dali. D’après Florian, il y a un Christ qui n’est fait que de clous. Je te raconterai.

   Porte-toi bien et si tu m’aimes ne retourne plus à la chasse.

   Je t’embrasse mon amour. Lucie.

Photo Michel Rosse

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