J’aimerais au détour d’une rue retrouver
Mon père et ma mère disparus, l’un l’été
Alors que je quittai tout hébété sa chambre
Un matin de bonne heure après que je lui eu
Fermé ses yeux bleus-ciel et baisé son front nu
Dans l’ambre de l’aube et la précoce chaleur.
Et puis l’autre, l’automne, une nuit de Toussaint
Où subrepticement nous nous primes la main
Tous trois pour pénétrer du père la demeure
Lui susurrer l’annonce à trois voix de la mort
De la mère. Amère nouvelle et les sanglots
De notre père, profonds comme le remord
Et le déni où il s’enfonça à vaux l’eau.
Nous voilà orphelins, l’orphelin n’a pas d’âge.
Et me voilà cherchant, encore mes parents
Au détour d’une rue revenant des rivages
Lointains et inconnus, ou des accotements
Du Styx où j’ai laissé mon père il m’en souvient.
Bras dessus, bras dessous, ils seraient apparus
Comme ils sont apparus un grand jour de tourmente
Saisis fugacement, révélation vivante
En première page d’un journal du matin
Traversant les décombres dans l’indifférence.
Revenez chers parents me serrer dans vos bras
Au détour d’une rue tout vêtus d’élégance
Deux ombres surannées marchant du même pas
Comme emblème sacré fondant notre existence.
Eric Feferberg 1999 AFP
