J’allais sur mon chemin et j’ai tourné la tête
Comme on attend son chien toujours en pleine quête.
Ne me suis-je pas vu assis sur une borne
Me regardant partir vers d’autres frondaisons ?
Où t’en vas-tu ainsi dans cette allure morne ?
Ami reste séant, je rentre à la maison.
Mais que ferai-je ici si longtemps à t’attendre ?
Ne t’ennuie pas l’ami, me souvenant de toi
Tu occuperas bien les années qu’il me reste
Et ma triste mémoire et les années funestes
Où je regretterai cette cruelle loi,
La largeur de ton dos, la beauté du visage
Que tu me tends encore dans un dépit chagrin.
J’ai laissé près de toi aussi tous mes bagages,
Mon cœur, mon sang, mon air et la vigueur du grain
Qui s’affaiblît chez toi pourtant que tu ignores.
Que reste-t-il des jours fondus les uns aux autres
Dans la répétition du rite où je me vautre
Du sable entre mes doigts qui coule et coule encore
S’échappant dans une mortelle indifférence.
Me voilà devenu en cette sénescence
Comptable des joyaux persistant en ma main
Me tournerai toujours vers toi et ton butin
Jusqu’à ce qu’enfin ma mémoire s’évapore.
Samedi après-midi de Carl Spitzweg 1865/70
