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"Dis, quand reviendras-tu" de Marie Christine ROSSE 68/103

📅 25 mars 2026
Episode 68/103

 

Vientiane, le 14 février1966
Louis Hérault
Vientiane
 
Lucie Demontel
Paris

   Ma courageuse Lucie,

   Maintenant que je suis sûr que tu viendras, aussi vite qu’il te sera possible de le faire, je vais éviter de te tracasser avec la date de ton départ de Paris. On fait trop dire aux lettres ce qu’elles ne veulent pas dire.

   Je suis allé à l’aéroport l’autre jour, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que dans quelques mois, tu descendras peut-être du même avion. Tu seras très fatiguée car le voyage est pénible. Je prendrai des vacances pour veiller sur toi. À partir de ce moment, tu ne me quitteras plus jamais. Je n’ai pas d’efforts à faire pour t’imaginer ici. Souvent, je regarde ma montre pour essayer de savoir quelles sont tes occupations avec six heures de décalage.

   J’entame une période de repos. Je me couche tôt, je suis fatigué des réceptions et des dîners qui n’en finissent pas. Il y a ici un nombre incroyable de restaurants chinois, vietnamiens, thaïs, français… Tout sauf laotiens. Il y a aussi le mess des officiers français auquel par dérogation spéciale nous avons été autorisés à y aller. On y mange très bien pour 3,50 francs.

   J’aurai une voiture la semaine prochaine. Un Hillman rouge sera mis à ma disposition par le Ministre de Finances. Il se montre charmant avec moi car je lui traduis les lettres qu’une Allemande sentimentale lui écrit de Hong-Kong. Pays des paradoxes que ce Laos ! Rien n’y fonctionne, mais tout le monde se targue d’avoir des idées politiques à l’échelon planétaire.

   Les routes dans les villes ne sont pas goudronnées. Heureusement à Vientiane, le service de voierie se montre très efficace. La main-d’œuvre surprend, il y a toujours 20 personnes là ou une seule suffirait. Ils sont très mal payés, un coolie gagne 150 Kips par jour en moyenne (1 Kip = 1 centime). On appelle cela une main d’œuvre flottante. Je dois faire les comptes du Ministère des Travaux publics. La vérification des bulletins de paye pour ces gens-là est difficile.

   Le climat est très agréable, cependant, la saison chaude ne va pas tarder à se faire sentir. Tu seras là en pleine saison des pluies, tu risques de te faire mouiller.

   Je ne sais pas t’exprimer toute mon immense tendresse, tu comptes tellement pour moi. Personne ne te ressemble, personne ne parle ou ne rit comme toi. Je suis sûr que cette vie que nous partagerons sera très belle.

   Je t’aime comme deux fous. Louis.

                                                                                              

Photo Michel Rosse

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