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Ventiane, le 4 février1966
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Louis Hérault
Vientiane
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Lucie Demontel
Paris
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Mon amour chéri,
Je n’ai pas vu le film dont tu me parles. Quand il est sorti les avis ont été partagés et je n’y suis pas allé. L’histoire que tu me racontes à l’air terrible mais heureusement, la guerre d’Algérie est terminée. Toi, je le sais, tu seras plus forte que cette Geneviève.
Depuis ta dernière longue lettre, six jours se sont écoulés. Sans nouvelles de toi, je deviens imbécile, une lettre de toi et tout devient bleu. Moralement je décris une courbe, j’en suis à la partie ascendante constituée par le noir le plus complet en ce qui concerne ta date d’arrivée.
Je veux bien admettre que ton nouveau travail te prenne beaucoup de ton temps, mais notre séparation m’est de plus en plus pénible. Je suis fier de ton courage mais maintenant, tu dois faire tes calculs et, me dire dans quel délai tu auras mis de côté assez d’argent pour te payer un billet pour le Laos. Pour moi, cela a été différent car, en tant que militaire, je n’ai rien payé mais je peux me renseigner et te dire exactement combien coûte le voyage. Les vols pour Vientiane par Air France passent tous par Bangkok, après c’est un vol Air Lao.
J’en ai assez de cette vie qui sent l’inachevé et à laquelle, il ne me manque que toi pour la rendre merveilleuse. J’en ai marre que des petites pucelles en mal de mari me courent après. Bien sûr, elles ne savent pas, comment sauraient-elles que je n’attends que toi ? Mon appartement est si vide sans toi, viens vite y mettre des bouquets de fleurs.
Ne flanche pas. Tu verras qu’à nous deux, nous ferons de grandes choses, nous irons loin. Je me répète nos conversations pour me donner du courage.
Écris-moi Lucie, j’adore tes lettres, et je t’adore toi. Louis.
Photo Michel Rosse
