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"Dis, quand reviendras-tu" de Marie Christine ROSSE 64/103

📅 11 mars 2026
Episode 64/103

 

Ventiane, le 30 janvier 1966
Louis Hérault
Vientiane
 
Lucie Demontel
Paris

   Petite folle,

   Mais que dis-tu dans la première phrase de ta lettre ? Tu te vois toute petite ma Luce et tu te demandes si j’ai envie de te garder ? Tu le sais pourtant que je n’imagine rien d’autre que te faire venir auprès de moi ! Ta question est stupide, ne te la pose plus jamais.

   Sache que quoi que j’écrive, il y a toujours au fond de moi cet immense, impérissable amour pour toi. Cette conviction que tu seras pour moi le seul amour vraiment ressenti, bref ce désir de ne vivre que pour toi. Bien sûr, ces sentiments je les exprime d’une façon peu originale. Mais est-il possible d’exprimer ce que l’on ressent vraiment charnellement autrement que par des phrases banales ? Sans toi, je resterai dans le noir, je n’éprouverai pas le besoin d’en sortir. Quand je pense à toi, ce sont les mille traits de ta personnalité dévoilés lors de nos discussions et dans tes lettres qui m’apparaissent. De plus, je ne nous vois pas, l’un à côté de l’autre, mais je nous vois confondus. L’un vivant dans l’autre en une partie mêlée grossissante à vue d’œil. Nous avons une telle intimité, une telle présence de tous les instants que, tout ce qui concerne l’un, concerne l’autre. Devant un même problème, je suis sûr qu’inconsciemment, l’un se demanderait aussitôt ce que l’autre en pense.

   Tes lettres balaient toutes mes idées noires même si je n’ai toujours pas la date possible de ton arrivée pour me réjouir.

   Ici, j’ai commencé à travailler, je donnerai aussi des cours le soir pour les étudiants ingénieurs. Autrement, je joue beaucoup au tennis et je suis déjà très bronzé. J’ai peur de me laisser prendre au « farniente laotien ». Dès qu’il y a un problème, les laotiens s’exclament : « Bô Pen Niang, Bô Pen Niang » traduction : « Ça n’a pas d’importance ! » Les gens prennent leur temps pour tout, ceux qui sont capables ont vraiment trop à faire pour se montrer efficaces. Le Laos n’a aucune unité. C’est un pays pratiquement coupé en deux, politiquement instable, administrativement corrompu et peu préparé à une mutation économique. Il y a beaucoup à faire.

   Je t’envoie quelques photos que l’on a faites lors de pique-niques sur les bords du Mékong. Cela te parlera mieux qu’une longue description.

   Je t’aime. Louis.

                                                                                              

Photo Michel Rosse

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