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Londres, le 28 décembre 1965
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Lucie Demontel
Londres
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Louis Hérault
Paris
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Mon Loulou d’amour,
Nos lettres, je le crains, vont toujours répéter la même litanie. Comment parler d’autre chose que de mes difficultés à convaincre mon père et de l’obliger à accepter la date que nous aurons choisie pour mon départ au Laos. Les mêmes obstacles se présentent, le dernier étant le comportement de maman qui, dans sa dernière lettre, ne me parle que de Florian. Celui-là ne m’a pas rendu service en racontant à ma mère à quel point à Londres, il m’a trouvé très en forme, libre, et pas du tout obsédée par mon projet.
On a eu trois soirs très remplis. Il avait pris des places pour une pièce de théâtre : Ivanov de Tchekhov en anglais. Un beau spectacle. Le détail dans les décors m’a transportée, une plongée dans l’âme russe empreinte de mélancolie. Les acteurs étaient excellents. Le personnage d’Ivanov que l’on voit, les bras ballants devant les problèmes de la vie, m’a profondément touchée. Son besoin essentiel de rêverie m’a fait pleurer.
Je me suis tellement saoulée de promenades, de visites, de sorties, d’allées et venues et de longs trajets en trains de banlieues que je commence à en avoir marre de l’Angleterre. Je suis proche maintenant de quitter « My bloody England », je compte les jours et je réunis quelques cadeaux que j’achète chez Harrods.
L’inquiétude m’habite à te savoir voyager si loin. Es-tu prêt pour le grand saut ? As-tu bien pensé à t’acheter des vêtements légers ? Sais-tu seulement où tu seras logé ? Personne ne me parle de toi, personne ne peut me dire comment tu te comporteras là-bas, seules tes lettres me rassureront. Dès que tu seras arrivé, donne-moi un maximum de détails. J’ai vraiment besoin de savoir comment j’aurais à me comporter dans ce pays.
D’ici-là, je vais m’atteler à trouver du travail, pas question de demander un sou à ma famille. Quelle injustice, tout de même, d’être séparés !
Sais-tu que Brigitte Barbot a tenté de se suicider au gaz lorsque ses parents lui ont interdit de s’installer chez Roger Vadim ? Rassure-toi, je n’ai pas l’intention d’employer ce genre de moyens pour convaincre mon père.
Mon beau Prince, n’oublie surtout pas notre ultime rendez-vous au téléphone samedi soir, je l’attends avec impatience. Ta Lucie.
Photo Michel Rosse
