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Caserne d’Orléans, le 4 décembre 1965
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Louis Hérault
Orléans
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Lucie Demontel
Londres
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Mon inquiète Lucie,
Je t’encourage et t’encouragerai toujours à t’occuper et à te divertir !
D’autant plus qu’ici les jours se suivent et se ressemblent désespérément. On ne s’ennuie pas vraiment, mais on se sent coupé de l’extérieur. On a l’impression d’être ici depuis une éternité, on ne peut pas se concentrer. Ici on ne sert à rien. On obéit à un commandant qui donne des ordres stupides. On ne fait rien d’autre à part la lecture, on n’a aucune vie personnelle. Je m’étais habitué les mois précédents à toujours penser à toi, la vie que je menais alors se prêtait bien à cette méditation. À tout instant, je pouvais m’isoler pour te retrouver en moi. Ici, il y a toujours un poste à transistor, ou des coups de sifflets, bref, on sent toujours une présence étrangère autour de soi. Quand je t’écris, les mots ne viennent pas et pourtant, j’ai envie de t’écrire.
Décidément, le contraste a été trop violent entre la semaine que nous avons passée ensemble et celle qui a suivi. J'en viens à me demander pourquoi je suis rentré en France. J'ai presque une mentalité de déserteur. Je voudrais que tu sois mon unique pensée, n’avoir qu’à me préoccuper de toi.
Je vais aller chez toi, dis-moi bien quel est l’état d’esprit de ta mère. Quelques jours de vie civile me remonteront suffisamment le moral pour que je fasse tout ce qui peut être possible pour la persuader de nos intentions sérieuses et profondes.
Je brûle de partir de cette caserne, et trouver du temps pour t’aimer.
Je t’embrasse comme un fou. Louis.
Photo Michel Rosse
