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Londres le 20 novembre 1965 |
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Martine Laborde
15, rue du Drac
44 - Nantes
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Lucie Demontel
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Ma toute petite Lulu,
Tu me dis que tu profites à fond de ton séjour. Tu trouves la ville vibrante, tu t’es fait des amis, tu t’éclates avec de chouettes soirées dans les Pubs, tu progresses en anglais. Ta lettre me raconte que Florian te fait la surprise de venir passer trois jours à Londres. Je sais que son travail t’intéresse et que les actions inscrites dans des projets artistiques qu’il mène te passionnent. Je me réjouis qu’il t’ouvre l’esprit sur la peinture moderne et je comprends cette nouvelle attirance. Méfie-toi tout de même de lui, il est très inconstant. Il t’a parfois donné des rendez-vous auxquels, il ne venait pas.
Je te connais par cœur ma Lulu, on a fait tellement de bêtises ensemble ! Je vois que tu te poses beaucoup de questions sur toi et sur tes relations avec les hommes.
Pense à Louis, il t’aime comme un fou, tu ne peux pas douter de lui, vos ébats vous plaisent, tu le trouves très sensuel. Tu te plains qu’il ne te parle pas de ses parents. À moi non plus, il n’a rien dit de son enfance. Je crois que sa vie a commencé à Paris quand il est entré à Supelec. Avant, c’était la cambrousse pour lui. Tu veux connaître mon opinion ? Même si tu le trouves trop accaparant et rêvant d’un amour fusionnel, vous formez un joli couple. Il est sérieux et veut faire sa vie avec toi, cela ne vous empêchera pas d’envisager un avenir commun sans bague au doigt.
Si je n’étais pas tombée amoureuse des yeux bleus de Gérard, j’aurais bien continué à flirter avec Louis, (mais non je rigole !). J’adore mon fiancé, il a un avis sur les autres très juste. Gérard pense que certains garçons peuvent prendre comme des avances, tes élans, ton excès de naturel, ton côté cash. Je sais, que chez toi, c’est un désir de te faire aimer qui cache ton manque de confiance en toi.
Avec Gérard, on va se marier au mois d’avril. J’ai beaucoup de chance, il a déjà son appartement et un bon job. J’espère que tu seras revenue de Londres car je compte sur toi pour m’aider à choisir ma robe de mariée. Il est hors de question que je fasse cette course à Pronuptia avec ma future belle-mère. Chez Dorothée Bis ou chez Emmanuelle Kahn, on trouvera plutôt une robe blanche avec des broderies de dentelle.
Tu ne peux pas savoir combien nos rigolades me manquent.
Porte-toi bien ma Lulu, mais n’oublie pas que la nourriture anglaise fait grossir.
Bisous. Martine.
Photo Michel Rosse
