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"Dis, quand reviendras-tu" de Marie Christine ROSSE 45/103

📅 04 janvier 2026
Episode 45/103

 

Londres le 1er décembre 1965

Lucie Dumontel
Londres
Louis Hérault
Orléans

   Mon chéri,

   Je ne sais pas comment j’ai pu me comporter d’une manière aussi odieuse avec toi. Je n’ai plus envie de revenir sur notre dispute, j’ai décidé de ne plus y penser.

   Je démarre le compte à rebours du temps qu’il me reste à passer à Londres. Je vais m’étourdir, avoir des activités nombreuses, rencontrer de nouvelles personnes, visiter tous les musées de la ville.

   Samedi, je suis sortie avec Yvonne mon professeur d’anglais. Elle vient d’Afrique du Sud, de Rhodésie exactement. Je l’adore, elle n’a rien de conventionnel, nous parlons beaucoup. Je suis contente de mes progrès en anglais. Je ne cherche plus mes mots, j’ai vraiment enrichi mon vocabulaire, je réussis à tenir une conversation. Bientôt, je penserai et rêverai de toi en anglais.

   Yvonne m’a accompagnée à la Wallace collection, un très grand et très bel hôtel particulier. La collection de peintures est rare, des Turner surtout, je regrette de ne pas t’y avoir emmené.

   Un autre jour, j’ai passé un moment très agréable avec Sally Minett. Cette jeune femme, que j’ai rencontrée à Paris, dirige l’association à laquelle je me suis adressée et qui m’a placée chez les Edgley. Elle a une formidable culture, m’a donné des envies de lectures auxquelles je ne pensais pas, comme « La promenade au phare » de Virginia Woolf, texte qui devrait me paraître moins ardu que ses autres romans. Sally Minett fait du théâtre, j’irai la voir répéter un soir.

   Je me suis acheté un stylo à encre dont la plume trace des pleins et des déliés, mes lettres seront désormais plus soignées. Parfois, je me demande si j’ai mérité que tu m’aimes tant, mais surtout que tu cherches toujours à me comprendre, à m’écouter et m’aider. Je suis heureuse que ce soit à moi de venir te retrouver, ce sera quelque chose que j’aurai choisi, un projet mené à bonnes fins.

   Mais à quoi bon te raconter ce que je fais, mes lettres ne t’apportent que l’illusion de mon temps bien rempli car au fond de moi je suis triste. Personne ne me parle de toi sauf lorsque l’on me demande gentiment si j’ai reçu une lettre. Qu’il va être long le chemin vers toi !  Je viendrai te retrouver nous ne nous quitterons plus, plus jamais.

   Ta Lucie.

                                                                                              

Photo Michel Rosse

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