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Caserne d'Orléans le 20 novembre 1965 |
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Louis Hérault
Orléans
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Lucie Dumontel
Londres
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Cher petit hérisson,
Tu n’as pas le droit de me traiter de cette façon, je trouve ton accusation injuste, le pauvre bleu que je suis ne mérite pas de tels reproches.
Je comprends ta déception, je comprends cette réaction violente quant aux dates qui vont presque se chevaucher et qui ne nous permettrons pas de nous voir, cela n’est vraiment pas de ma faute. Dans ma lettre du 10 octobre, je t’annonçais que ma candidature en tant que coopérant au Laos avait été acceptée, je te disais à quel point cela me bouleversait. Je t’annonçais que j’étais prêt à y renoncer si tu le désirais. Aujourd’hui, il ne s’agit pas ici de tels bouleversements dans nos projets, il s’agit simplement d’un aménagement du calendrier. Je te demande de t’adapter comme moi à ce changement. Quand on est deux ce n’est pas la même chose, quand on est deux, on se dit : on fera, on ira, on décidera ou mieux encore : nous nous quitterons, nous nous attendrons puis nous nous retrouverons.
Qu’il est bête ce reproche que tu me fais de ne parler qu’au « Je » ! Depuis que je te connais, je t’englobe dans tous mes désirs, je t’entraîne dans tout ce que va être notre vie, je veux tout partager avec toi.
Tu ne peux cesser de m’écrire, tu ne sais pas ce que représente la distribution du courrier. Lorsqu’on me cherche et que j’entends ce cri : « qui est amoureux de Lucie ? » C’est le seul moment de la journée où des sourires s’échangent.
Je t’aime et j’attends tes lettres. Louis.
Photo Michel Rosse
