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"Dis, quand reviendras-tu" de Marie Christine ROSSE 41/103

📅 21 décembre 2025
Episode 41/103

 

Londres, le 9 novembre 1965

Lucie Dumontel
Londres
Louis Hérault
Orléans

Bad luck !

   C’est vrai, j’ai été déçue. Tu l’as deviné en entendant le ton de ma voix au téléphone, mon imagination va toujours trop vite. J’embellissais ta première rencontre avec ma famille et j’espérais que tout serait facile à résoudre. Je n’ai pas aimé ta phrase : « Quand j’étais chez toi, je me suis peut-être laissé prendre aux facilités de cette vie familiale ». Je suis jalouse de la relation spontanément amicale que tu as eu avec maman, elle sait toujours plaire et t’a charmé. Je ne veux pas te partager, je veux ma vie avec toi, avec toi et personne d’autre.

   Si plus tard nous avons un appartement à Paris, il ne faudra pas nous laisser prendre au piège d’instaurer des rites comme celui par exemple d’aller dîner en famille toujours le même soir de la semaine, ou passer nos weekends à Orléans. J’ai vraiment horreur de la routine familiale.

   Au fond, je ne te demandais que de prouver à ma mère que tes sentiments étaient profonds et que tu étais un garçon sérieux. Mission accomplie. Le reste du travail est le mien qui consistera à les convaincre de me laisser te rejoindre. Dans mon esprit, il n’y a pas d’hier, il n’y a pas de demain, il y a chaque jour cette volonté d’obtenir l’accord de mes parents pour qu’ils me laissent partir. J’enrage d’imaginer qu’ils parlent de moi sans moi.

   Dès que je serai rentrée à Paris, je chercherai du travail. Je veux mettre de côté assez d’argent pour me payer le voyage.

   Pensons à autre chose. J’ai oublié de te donner une explication : te rappelles-tu devant Westminster ces enfants qui brandissaient des poupées de chiffon ? Nous n’avions pas compris pourquoi ils réclamaient : « A penny for the Guy ». On m’a expliqué : Guy Fawkes est cet homme qui en 1605 a voulu brûler le parlement de Westminster en organisant Le complot des poudres, il a été arrêté puis exécuté. Le 5 novembre dans les rues, les anglais mettent le feu à ses poupées, pour fêter l’échec de la conspiration.

   Quand je passe, par hasard, devant « Les Four Chimneys », j’ai le cœur déchiré. Après tous ces moments de bonheur que nous avons partagés, ton absence me pèse si lourd que je me demande s’il n’aurait pas mieux valu que tu ne viennes pas. Je suis totalement déroutée, te sachant encore en France et moi de l’autre côté de la Manche, si proche et si lointaine.

   Ai-je raison de te raconter mes soucis avec les gosses capricieux que je garde ? Ai-je raison de me plaindre de mon emploi du temps routinier ou de mes discussions manquant de peps avec mes amis turcs ? Il vaut mieux que j’arrête d’analyser mon spleen et d’étaler mes états d’âme, tu as d’autres choses à penser. À propos, as-tu reçu ta convocation pour aller faire tes trois jours de classes ?

   Des baisers. Lucie.

                                                                                              

Photo Michel Rosse

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