Jean François Roth a voulu illustrer son recueil « Une pelletée de cailloux » par d’autres cailloux, schisteux et granitiques, un monument de pierres taillées aux significations balançant entre l’indispensable gratuité de l’art et la science précieuse de l’artisanat. Ce sont les Fenestrelles du Col de Port.
L’élévation du monument de pierre qui rend hommage à la beauté des paysages et au savoir-faire des hommes, n’est-elle pas, à l’instar du haïku, la traduction élégiaque de ce que Jean-François Roth appelle « une plus grande présence au monde » ? De l’indicible émotion au texte ou à la pierre, il y a construction, il y a langage qui rendent compte de la lumière, de l’impression et du point de vue. La pierre et le texte invitent le spectateur et le lecteur à regarder autrement, à regarder à travers, soit par l’oculi du monument soit par la métaphore ou la synesthésie. Le recueil de Jean-François Roth est construction et abstraction : la terre et l’eau se parlent, le champ se soulève sous le mouvement des oiseaux et crie la silhouette des corneilles. Le monument de pierre est-il maison ? Est-il meule de foin ? N’est-il rien ? Est-il au contraire tout le pays battu par les vents glissant dans ses vides et dans ses masses polychromes ?
Voilà un hommage aux bâtisseurs Arnaud Baubil et Vincent Baudon, à la beauté et même au sublime quand il faut d’en bas, lever le regard pour apercevoir dans l’oblicité d’une ligne, et les Fenestrelles et le ciel.