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Londres, le 20 octobre 1965 |
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Lucie Dumontel
Londres
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Louis Hérault
Orléans
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Louis,
Je suis bouleversée, j’ai lu et relu ta lettre sans comprendre ce que signifiaient ces lignes écrites de ta main. Quand j’ai compris, j’ai pleuré, et ma colère a jailli contre ce qui se décidait sans notre consentement.
Depuis plusieurs nuits, je pressentais quelque chose, je n’arrivais pas à m’endormir. Dans un demi-sommeil, je me répétais pour me convaincre : rien ne me dit qu’il fera son service militaire loin de Paris.
Je me souviens, quand cet été, tu m’avais mise au courant. Je savais que tu avais posé, dans le cadre du service militaire, une candidature pour un poste d’ingénieur au Plan au Laos. Tu disais n’avoir aucune chance d’obtenir ce poste. Je te disais « Louis n’ira jamais en Asie ! » Tu répondais « Louis ne partira pas en Asie sans Lucie ». On riait. Et voilà que cela devient une réalité.
Cet événement m’est apparu d’une telle injustice que je n’arrivais pas à réfléchir. Comment croire que cette nouvelle bouleverserait nos désirs, nos projets et jetterait nos rêves aux orties ? Je voudrais tuer le destin qui va nous faire bifurquer vers une autre vie.
À présent, je me sens plus raisonnable, plus résignée. Il y a des compensations dans toute chose, ce voyage te passionnera, tu gagneras de l’argent, je ne vois que des avantages pour toi. Et ne t’inquiète pas pour moi, pourquoi t’en voudrais-je ? Il faut que tu continues à suivre le chemin que tu t’étais tracé, je ne veux surtout pas devenir un obstacle mais toujours t’aider. Pourquoi aurais-je une réaction irréfléchie ? N’imagine jamais de telles stupidités ! Je ne suis pas une girouette ! Je ne distribue et ne reprends pas à loisir ma confiance et mon amour.
Je t’aime tellement, je n’aime que toi. J’essaye de me consoler en repensant à notre amour, à nos deux corps enlacés mais aussi à notre amitié, à nos fous rires.
Viens à Londres, si tu crois que c’est une chose possible. Je meurs d’envie de te retrouver vite, vite, mais je n’ose le rêver.
Je suis logée chez mes Hôtes à New-Beckenam, une bourgade à une demie heure de train du centre de Londres. Réponds-moi vite. Je dois trouver un hôtel pour nous deux, je dirai que nous sommes mariés car sinon on ne me louera pas de chambre. Il y a les Four Chimeneys, un petit hôtel très joli. Le papier peint aux murs est très chargé en bouquets de fleurs, et des petites lumières roses sont allumées, je l’ai vu à travers les fenêtres.
Fais-moi rêver, je te serre contre mon cœur. Lucie.
Photo Michel Rosse
