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"Dis, quand reviendras-tu" de Marie Christine ROSSE 33/103

📅 23 novembre 2025
Episode 33/103

 

Orléans, le 15 octobre 1965

Louis Hérault
Orléans
Lucie Dumontel
Londres

  

   Mon amour chéri,

   Je me raccroche à ces deux mots « amour chéri » car j’ai très peur. Peur de ce qui nous attend, peur que tu sois très malheureuse. J’ai reçu, la semaine dernière, une lettre du Ministère des Affaires Étrangères m’annonçant que ma candidature à un poste de coopération technique au Laos venait d’être acceptée et que je devais me tenir prêt, à partir de courant décembre, pour démarrer l’année là-bas. J’ai aussitôt téléphoné à Paris pour savoir s’il était possible de refuser cette nomination. On m’a gentiment fait comprendre qu’un tel refus serait très mal considéré, et qu’on résilierait d’office mon sursis. Je risquerais de me retrouver très loin sans bénéficier des avantages financiers procurés par la coopération. La durée du séjour là-bas est de seize mois. Voilà ce que je ne voulais pas te dire avant de m’être assuré qu’il n’était pas possible de revenir en arrière.

   Je suis désemparé car je voudrais être auprès de toi. Ce qui, il y a six mois m’aurait rempli de joie, me plonge aujourd’hui dans la consternation. Aller au Laos ne me peine pas, mais te laisser seule pendant tout ce temps m’attriste. Tu vas souffrir d’un sentiment d’abandon, ta réaction légitime sera de te dire que je n’ai pensé qu’à moi et que j’ai fait bon marché de ce qui nous unit. Tu te diras que ce départ m’arrange bien, et il y aura alors de grands silences dans cette longue conversation commencée dans la forêt de pins.

   Si l’on devait en rester là, ce serait la déception d’une immense ambition, la négation de cette vie commune que nous désirons aussi ardemment tous les deux et que nous saurons faire très belle. Je t’en supplie Lucie, ne te laisse pas aller à une réaction irréfléchie, pense que tout ce que nous nous sommes dit, tout ce que nous voulons faire ne doit être en un instant balayé, vidé de son sens parce qu’un obstacle se trouve sur notre route.

   Tu vas te poser de nombreuses questions, te demander même si j’ai bien envoyé la lettre dont je t’ai parlé, dans laquelle j’essayais d’annuler ma candidature. Ils m’ont dit hier, qu’à partir du moment où mon dossier était communiqué au Ministère des Armées, on ne pourrait plus prendre de telles demandes en considération.

   Ne me soupçonne pas de quelques manœuvres, il serait injuste que tu perdes toute confiance en moi.

   Je ne veux pas partir sans te revoir, aussi dis-moi quand je pourrais venir. Je sais bien que nous supporterons tout cela ensemble, je serai courageux car je t’aime, tu sauras m’attendre car je crois en toi.

   Reste auprès de moi, j’ai tellement besoin de toi.

   Ton Louis

Photo Michel Rosse

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