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Orléans, le 29 septembre 1965 |
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Louis Hérault
Orléans
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Lucie Dumontel
Londres
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Ma chérie,
Tes lettres sont adorables. Ton faux sommeil était bien joué. J’avais l’impression de te protéger, de veiller sur toi. Je t’embrassais doucement pour ne pas te réveiller et je repoussais le drap pour que tu respires bien. Je peux me représenter le bonheur en étant heureux de te voir dormir, en posant mes lèvres sur ton épaule. Ces gestes d’apparence n’existent que par tout ce qui les précède. Je t’aime d’une telle façon que je t’embrasse l’épaule quand tu dors. Cela peut paraître dérisoire, mais pour moi c’est une plénitude, un accomplissement. Cela me prouve à moi-même que je t’aime sans masque. Je ne joue pas un rôle, je ne fais pas les choses parce que j'estime nécessaire de les faire. Je les accomplis parce que j'en ai envie. Notre amour consiste à écouter le désir de l’autre. Avec toi, j’ai découvert ce merveilleux accord des gestes et des sentiments.
C’est incroyable ! Je reçois à l’instant ton colis britannique. J’ai enfilé aussitôt « the pull-over de lambswool ». Rassure-toi tes souvenirs sur ma corpulence restent vivaces, il me va très bien. Je le porterai dès les premiers froids.
Comment te dire ce que je ressens en te voyant ainsi penser à moi, en te sentant toujours aussi près de moi, je suis heureux, complètement heureux. J’ai l’impression que nous arrivons à une plénitude de compréhension, de complicité, d’attentions toujours plus affectueuses. Et je t’aime aussi pour tout ce que tu ne fais pas.
Comme tu le vois, je suis toujours à Orléans, j’attends une lettre et espère partir à la fin de la semaine faire mes classes. Je sors très peu et lis beaucoup. Hier, je suis allé rendre visite à ta cousine. Son mari et elle rentraient de Paris et avaient eu de tes nouvelles. Je ne pense qu’à toi et je t’aime très, très fort.
Je t’embrasse. Louis.
Photo Michel Rosse
