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Paris, le 15 septembre 1965 |
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Louis Hérault
10, Avenue des Ternes
Paris 17ème
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Lucie Dumontel
14, Avenue du Roule
Neuilly sur seine
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My Love,
Tu m’as reproché de ne pas t’avoir téléphoné avant de venir te chercher. Notre rendez-vous avait été pris et je ne me sers jamais de cet instrument pour raconter ma vie. Je n’aime pas le téléphone. J’adore toujours entendre ta voix au début mais je trouve que l’on ne se dit jamais ce que l’on a à se dire ou qu’on se le dit mal.
J’ai senti chez toi beaucoup de fébrilité, de nervosité. Tu en avais après tout le monde : ta famille ne t’avait pas donné assez d’argent, ma vieille 2 chevaux roulait trop lentement, tu avais sûrement oublié quelque chose etc… Bref, tu étais très nerveuse, le trajet jusqu’à l’aéroport d’Orly fut pénible.
Je ne te voyais ni triste, ni malheureuse à l’idée de notre séparation mais encombrée de soucis inutiles. Te rends-tu compte de la chance que tu as de voyager, d’avoir eu les bonnes adresses pour que ton projet de travailler et perfectionner ton anglais se réalise ? Je viens de découvrir ta fragilité, ta sensibilité, ton impatience à ce que tes désirs soient exaucés.
Ma chérie, oublie tes problèmes, ne les juge pas d’une importance trop grande, ce ne sont que des tracasseries, tout va bien se passer. Nous nous sommes quittés en échangeant nos mots d’amour habituels mais je me reproche de ne pas avoir pris plus de temps pour te voir avant ton départ.
Je suis à Paris, je dois penser à donner mon congé au propriétaire de notre chambre d’amour. Je serai sûrement à l’armée quand tu rentreras d’Angleterre.
Dis-moi vite que tout va bien. Je t’embrasse. Louis.
Photo Michel Rosse
