Si la majorité des âmes sont dissoutes
Au moment où le corps s’éteint,
Quelques-unes, parmi les plus braves sans doute,
S’offrent un bien meilleur destin.
Il suffit pour cela de croire à ma légende.
L’âme alors, par enchantement,
Se change en un poème et vient à la demande
Émerveiller l’esprit des gens.
Bien sûr, de telles fantaisies ne vous inspirent
Qu’un sourire condescendant :
La Raison a vaincu tous ces charmants délires...
Ne souriez pas trop longtemps ;
Car au moment fatal, alors que vos ancêtres
Se tournaient, sereins, vers le ciel
Nul signe d’aucun dieu bon père ou mauvais maître,
Ne répondra à vos appels.
Vous serez seul face à l’abime obligatoire...
Alors pour vous réconforter
Vous tenterez de vous inclure dans la gloire
De notre chère humanité.
Les uns diront : « Je suis un être intelligent ! »
... Les machines le sont aussi
De nos jours, et d’ailleurs plus efficacement
Que mille cerveaux réunis.
Les autres gémiront des plaintes en cortège :
« Ayez pitié, j’ai peur, j’ai mal !... »,
Et mettront de ce fait leur honneur sacrilège
Plus bas que le moindre animal.
... Bref, quand vous serez pris dans le piteux marasme
De votre ultime dignité
Et que vous chercherez en vain l’enthousiasme
Au fond d’un cœur désenchanté,
Rappelez, s’il vous plait, du fond de vos mémoires
Ce poème qui se termine,
Et à ma prophétie dépêchez-vous de croire.
Alors, sauvée de la vermine,
Votre âme ira longtemps se loger dans des têtes
Tout occupées de poésie.
On y donne souvent de somptueuses fêtes.
Les invités ne sont choisis
Que parmi ceux qui croient aux fables des poètes...
Croyez-y, mortels, croyez-y !
Illustration : Craiyon/L'Altérité
