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Paris, le 12 septembre 1965 |
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Lucie Dumontel
14, Avenue du Roule
Neuilly sur seine
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Louis Hérault
10, Avenue des Ternes
Paris 17ème
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Mon Loulou chéri,
Nos merveilleuses vacances sont loin derrière nous, que ne donnerais-je pas pour me retrouver assise sur la plage sauvage à minuit et manger les saucisses que tu avais faites griller sur le feu. Quelles soirées inoubliables ! Quel délice cela a été d’entrer dans l’eau de la mer pour se débarrasser du sable qui collait à nos fesses.
De retour à Paris, je n’ai pas arrêté de courir. Hier à l’Institut de la Femme Secrétaire, en plus de mon diplôme, ils m’ont donné un carnet professionnel où sont inscrites les vitesses de frappes sur la machine à écrire et ma capacité à bien retranscrire le texte que l’on m’a dicté en sténographie. Mes notes obtenues aux examens pour mon niveau en langues sont très bonnes. Je suis contente mais à mon avis cela ne me servira pas à grand-chose.
Martine était parisienne, nous sommes allés voir « The Knack », un film délicieux plein d’anglais, de belles images, j’aurais aimé être avec toi.
Sally Minett, l’organisatrice de l’Association qui place les jeunes filles au pair m’a trouvé un plan pour que je garde des enfants l’après-midi dans une autre famille. Le couple les Edgley chez qui je logerai n’a pas d’enfant. Je dois m’inscrire aux cours du Pitmann Institute. C’est amusant d’avoir des projets, plus ils sont nombreux, plus on a de chance qu’ils se réalisent à un moment de notre vie.
En te racontant tout cela, je me sens bêtement émue, inquiète et nerveuse. Ma façon de déformer mes lettres sur le papier s’en ressent, mes lignes montent et descendent sans que je le veuille. On est fous, on vient de se rencontrer et on va se séparer.
Dès que la sonnerie du téléphone retentit pendant un quart de seconde, j’imagine que tu m’appelles mais non, c’est toujours quelqu’un d’autre, et je me ronge les sangs. J’aimerais entendre ta voix, t’avoir près de moi, te parler ouvertement, j’ai tant à te dire. Si tu étais là je te mordrais d’impatience.
Que fais-tu à Orléans ? Pourquoi n’es-tu pas dans mes bras. ? Je pars à la fin de la semaine et tu as promis de m’accompagner à Orly. Je compte sur toi, l’avion décolle à 10 heures, ce n’est pas si tôt !
Avec toi, j’ai l’impression d’avoir découvert un autre monde, un monde clair, et surtout, je ne pense plus à moi, je suis à toi. Tout est simple et je t’aime plus que tout.
Je t’embrasse. Lucie.
PS J’ai gagné 230 francs avec les cours d’espagnol que j’ai donnés au frère de Martine. Je vais m’acheter pleins de trucs.
Photo Michel Rosse
