| Paris le 26/12/2022 | |
| Justizanstalt
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2552 Hirtenberg – Autriche
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Donna Alovesti
119, rue des P.
75 Paris
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Bon, nous allons essayer d'oublier le Père Noël qui n'a pas fait preuve de générosité cette année. Je ne suis pas le seul concerné. Des cadeaux sous forme de « bons de réduction » ont bien été distribués à certains mais il n'y en avait pas assez pour tout le monde...
Pour aider les locataires mécontents à digérer la pilule, ils ont été invités à s'inscrire au prochain tournoi de basket et je passe de cellule en cellule pour prendre les inscriptions. Le moment est mal choisi, je suis reçu comme un chien dans un jeu de quilles... Après une petite semaine de bouderies, les gars ont fini par manger leur chapeau et les voilà qui viennent, tout penauds, postuler à la queue-leu-leu. En prévision, j'ai dû commander de nouvelles chaussures de sport. Les miennes sont près de rendre l'âme... Quelques jours plus tard, une « notification » de l'administration m'est adressée.
« Nous vous remercions sincèrement pour le soutien que vous nous apportez dans l'organisation du programme éducatif sportif, votre engagement personnel et votre désir de participer activement au tournoi de basket. Vous donnez une fois de plus un exemple positif dans l'organisation de la vie sociale de notre communauté, mais... »
Ma commande ? « On ne peut pas, il n'y a pas ».
Jointe au courrier, une fiche explicative pour se lancer dans l'aventure d'un achat dans le « monde réel ». L'acquisition d'équipements sportifs faisant partie des sujets sensibles et et à hauts risques pour la paix mondiale, le président du Conseil de sécurité des Nations Unies (au moins !) devra s'occuper personnellement de mes baskets, secondé par trois conseillers expérimentés et une personne responsable des « opérations spéciales » se chargera de l'approvisionnement et du transport...
Quelques semaines après avoir rempli la fiche, je reçois enfin un « catalogue »... Deux modèles sont proposés : même matière, même forme, même prix, deux coloris : noir ou blanc. Simples, toilés, légers, prêts à être utilisés, pour un prix symbolique...
OK, plus que suffisant ! Je coche la couleur noire, je note la taille et d'autres données personnelles et je patiente. Livraison prévue dans vingt jours... Un mois passe.
Nouvelle notification, cette fois en majuscules et en caractères gras : « taille indisponible» ! Eh oui, désolé, je n'ai pas une pointure standard !
Je range soigneusement les formulaires, notices, échanges administratifs infructueux, allume une cigarette, pose mes pieds sur la petite table et contemple le délabrement de mes vieilles baskets, tentant d'évaluer le restant de vie qu'elles pourront endurer. Je les ai achetées à Monaco avant de partir pour l'Autriche, après un long combat avec cette « merveilleuse » assistante sociale qui admirait tant votre prose.
Je me souviens que lorsqu'elles étaient toute neuves, elles chantaient sous mes pieds, puis elles ont commencé à gémir, à bâiller de tous les côtés, et à la fin elles se sont tues. Sentant leur dernier souffle arriver, elles me supplient silencieusement de les mettre à la retraite. Vont-elles pouvoir me soutenir jusqu'à la fin de ce mois ?
Pour me changer les idées, je me propose d'aller faire un saut chez « le coiffeur » histoire de rafraîchir ma coupe. L'homme de l'art n'a pas de prétentions car il a acquis son expérience « sur le tas ».
Vu de l'extérieur, vous n'avez qu'une vague idée de l'existence et du fonctionnement du monde parallèle qui sévit en détention dans toutes les prisons de la planète. Ce monde parallèle a aussi son propre marché parallèle organisé selon des règles, elles aussi parallèles... Vous serez intéressée d'apprendre que l'on trouve tout sur ce marché. Vous avez besoin d'un article en coton ? Il y a. En laine ? Il y a. En plastique, en caoutchouc, en verre, en bois, en métal ? Il y a.
Les matières en poudre et substances d'origine naturelle sont les plus demandées...
Selon la loi de l'offre et de la demande, les « taxes » peuvent grimper jusqu'à 1000%. Très populaires, les émissions de télé-achat proposent généralement des promotions : vous en payez une et vous en obtenez deux. Dans notre « boutique », c'est le contraire : vous en payez dix et vous en obtenez un.
Malgré cela, le marché est en plein essor. Le mode de paiement est très flexible. Ça peut être en cash ou à crédit, ça peut être une compensation, une cotisation, une caution... tout est possible. Mais gare au mauvais payeur qui voudrait se dérober ! Ceux qui s'y essaient ont tôt fait de se retrouver à l'étage « spécial » où le souffle est maintenu grâce à un respirateur...
Incidemment, M. Doré a subrepticement quitté notre communauté il y a quelque temps, sans tambour ni trompettes, il a juste disparu une nuit sans laisser de trace. Du moins c'est ce que je pensais... J'avais tort. Il a laissé un « héritier » avec lequel il communique régulièrement, Dieu sait par quelle combine, ce qui lui permet d'analyser en temps réel les études de marchés qualitatives et quantitatives sur tout type de produit ou de service qui lui sont transmises.
Me voici arrivé au « salon de coiffure », m'attendant à ce que l'artiste commence à aiguiser les ciseaux ou au moins à désinfecter le rasoir après le rasage précédent.
Ni l’un ni l’autre. Il s'assied, me regarde, évalue en silence. Quel type de coupe pour moi ? La coupe dite « mulet » (les cheveux se portent longs sur la nuque, mais courts sur les tempes et sur le dessus du crâne) ? la coupe militaire ? la « crew cut » rendue populaire par les équipes d'aviron universitaires américaines ? En dégradé ? Ou alors une « undercut » tendance (les cheveux sont laissés longs sur le dessus, tandis que les côtés – et souvent l'arrière – sont coupés courts.) ? Il me tend un épais catalogue. Contre toute attente, aucun best-of capillaire mais une encyclopédie exhaustive d'équipements sportifs. Toutes les marques sont représentées ! Je feuillette fébrilement la section « chaussures » et vite fait bien fait, met le doigt sur une photo illustrant l'article recherché. Prix « catalogue » : 50 euros. Le coiffeur secoue la tête avec désapprobation.
Lui : On voit que tu es là depuis longtemps ! C'est un modèle ancien, Serbe ! Complètement démodé !
Moi : Excellent ! Comme moi ! Passons à l'étape suivante. Combien ? M'attendant à une offre indécente, je fourbissais in petto mes arguments pour une négociation que j'espérais favorable au vu de mon ancienneté et de ma notoriété supposée au sein de l'établissement
Lui : Pour toi Serbe, au prix coûtant.
Pas de taxes ? Je regarde le trentenaire, les sourcils en point d'interrogation. Il sourit, pointe son index sur ses dents. Je comprends alors que cette faveur m'est consentie sur les instructions de M. Doré, au cas où je me présenterais opportunément à cette porte. Diable d'homme ! Il tient toujours toutes les cartes dans ses mains !
Je glisse 50 euros dans la main du coiffeur-vendeur et j'ajoute encore 50 « pour les frais de port, le café et les cigarettes ». Livraison promise dans un délai de 7 jours maximum.
Ça n'a pas traîné ! Trois jours plus tard, l'article est déjà là, bien emballé dans sa boîte d'origine. Ne manque que la facture, mais ce serait un luxe !
Cette équipe fonctionne aussi bien si ce n'est mieux que chez Amazon. Jeff Bezos pourrait les engager dans les nouveaux programmes de développement de l'entreprise ! Et voilà, je suis maintenant prêt et équipé pour le tournoi de basket qui s'annonce ! Elle est pas belle la vie ?
Pas pour tout le monde... Vous vous souvenez de M. Anaconda, le petit gitan hongrois qui avait défrayé la chronique dans les douches ? Il désirait s'inscrire, bien qu'il lui manque au moins un mètre de hauteur pour avoir une chance de mettre le ballon dans le panier, quelle que soit la taille de la protubérance qui l'a rendu célèbre... Un peu d'activité l'aurait aidé à sortir de son état dépressif actuel, suite à la perte de son emploi de chef jardinier. Mais sa requête n'a pas été acceptée. Il est puni, soupçonné d'avoir volé trois ou quatre poivrons. Il attend son procès et cent ans de prison supplémentaires. Et s'il est prouvé qu'il s'agissait des piments, peut-être deux cents ...
À bientôt chère dame ! Promis : PD3M ! Il n’est pas impossible que mi-janvier vous receviez la dernière perle pour compléter votre collier, souvenir d’une surprise que la vie nous réserve parfois. J’espère sincèrement que nous créerons un nouveau collier pour embellir le décolleté d’une femme séduisante.
Votre HSB
Composition Ivan Gjorgievsky
