| Extradition en Autriche le 3 mai 2021 | Paris le 19/5/2021 |
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Milos Ć. HNR, 176728
JA – JOS Wickenburgg Gasse 18-22
1080 Vienne – Autriche
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Donna Alovesti
119, rue des P.
75 Paris
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Je sais... Vous dites du mal de moi : il est parti et il ne donne pas de nouvelles.
Eh bien, cette fois, ça n'est pas ma faute ! La « quarantaine » de deux semaines qui m'a été infligée est une punition supplémentaire...
Après tous ces atermoiements monégasques, mon sort a été résolu en 7 jours. C'est un peu désinvolte et déroutant au regard de la réputation de la Principauté ! En réalité, sous sa belle image, ce sont l'incompétence, l'amateurisme, l'arrogance et la morgue qui gouvernent. Les droits humains y sont bafoués sans vergogne : lors de mon transfert, tous mes documents écrits, mes lettres, mes livres ont été confisqués ! La Cour européenne des droits de l'homme devrait s'y intéresser !
Je m'en doutais, raison pour laquelle j'avais mémorisé votre adresse !
La scène de l'extradition pourrait figurer dans un film à gros budget ou tenir la vedette dans un numéro spectaculaire du célèbre cirque de Monte Carlo.
Imaginez un vieux lion fatigué dans sa cage, escorté par un hélicoptère, des motos, des sirènes hurlantes, tout un escadron d'hommes en uniforme en route vers l'aéroport de Nice où l'attendaient, interloqués et impavides, les responsables autrichiens d’Interpol... Quel cinéma !
Le survol du massif des Alpes m'a plongé dans un rêve de futur vite remplacé par la morne réalité procédurale et la découverte de mon nouvel habitat fermé, je dirai même hermétique en raison de la quarantaine obligatoire. Pour m'épargner une solitude flippante, je rejoins une équipe de garçons âgés de 25 à 30 ans, rapides, nerveux et bruyants, diffusant largement leur énergie juvénile.
Afin de nous adapter plus rapidement les uns aux autres, nous avons choisi un chef d'équipe et dès la fin de la première semaine, nous avons constitué une formation harmonieuse axée sur l'hygiène mentale et physique dans un espace de vie préalablement aménagé et organisé d'une manière fonctionnelle. Osons le mot : une véritable « dream team » !
Mais avant d'aller plus loin dans ma nouvelle vie, il faut que je vous raconte, maintenant que j'ai quitté le « pays des merveilles ». Ici, il n'y a personne pour lire sur sur mon dos !
Quelques semaines après mon installation à la maison d'arrêt de Monaco et après m'être bien reposé, j'ai pensé qu'il serait utile d'élargir mon champ d'activités de sorte à encourager et favoriser une resocialisation et réinsertion personnelle. J'ai demandé aimablement à mon hôte s'il pouvait mettre à ma disposition... un professeur de danse. Au « pays des merveilles », on se dit que tout est possible !
Habituellement, il faut compter une bonne semaine pour obtenir une réponse. En raison, peut-être de mon statut de « grand criminel », elle est arrivée l'après-midi même, mais pas exactement sous la forme que j'espérais...
Un monsieur d'un certain âge s'est annoncé, accompagné d'une jeune femme charmante « experte » en traduction simultanée. Le monsieur, de petite taille, voûté, l'air exténué, un peu sénile même, à l'image de l'édifice monumental qui fait office de prison, s'est présenté comme expert de « psycho-quelque chose ». Une légère odeur de parfum s'est répandue dans le bureau...
L'expert : Bonjour
Moi : Pareillement !
Un ange passe... Le docteur m'observe cherchant sans doute à déceler le point faible du « patient » et justifier son titre d'expert.
Lui : Hmmm, oui... je vois …
Moi : ? ? ? mais j'acquiesce, en signe de compréhension.
Penché sur ma requête, il se concentre sur l'analyse du texte tandis que, de mon côté, mes yeux convergent vers l'associée de l'expert, en modeste connaisseur... Après un certain temps, un premier son émerge de ce film muet.
Lui : Tss, tss, tss..., bougeant la tête lentement de gauche à droite et de droite à gauche. Je regarde l'associée afin d'obtenir la traduction de cette phrase complexe. Les consonnes sifflantes et dentales ont certainement une signification dans une langue que je ne maîtrise pas...
Elle : Il lit, me confirme-t-elle en chuchotant et en soulevant les épaules. J'approuve d'un signe de tête comme si tout allait bien.
Lui : Donc... C'est vous qui avez écrit cela ?
Moi : Oui, c'est bien moi.
Lui : C'est bizarre...
Moi : Comment ça, bizarre ?
Lui : Disons... C'est un peu inhabituel...
Moi : Ah ?
Lui : Vous savez quoi ?
Moi : Je vous écoute attentivement.
Lui : Je suis ici pour m'assurer que le calme total et le self-control que vous affichez avec une dose de bonne humeur inattendue dans ce type d'institution n'est pas de nature pathologique, avec de potentielles menaces sous-jacentes susceptibles d'avoir de graves conséquences.
Moi : Je serai heureux de connaître vos conclusions ! Comment puis-je vous être utile ?
… Comment vous décrire la suite de cette conversation surréaliste ? La demoiselle pleurait de rire, sans se cacher, le vieux monsieur pleurait aussi silencieusement, se lamentant sur le poids des difficultés accumulées sur ses frêles épaules au cours de ses innombrables années de travail, cherchant en vain l'endroit où déposer son fardeau... Moi aussi, j'ai pleuré intérieurement, conscient du fait que cette grande institution prétentieuse, imbue de son pouvoir, sans vergogne ni honneur, n'a d'autre but que d'isoler les personnes et de les anéantir. Presque quatre années se sont écoulées depuis cet événement. Ce monsieur ne m'a plus jamais invité pour échanger sur nos expériences respectives. Du coup, j'ai été privé de la présence de la jeune traductrice « experte » et parfumée... Pendant toutes ces années, j'ai pu observer tous mes voisins faire la queue pour consulter le bonhomme tous les dix jours, puis mâchouiller des bonbons bariolés pleins de promesses, censés les transporter au royaume des rêves... Grand bien leur fasse !
Tout ça, c'est derrière moi !
Ma chère Parisienne, en vous racontant cette petite histoire, mon intention est de vous offrir quelque chose d'unique...
Je dois quand même faire attention à ce que j’écris et combattre mes émotions. À bientôt pour la suite de mes aventures !
Composition Ivan Gjorgievsky
