"Sans Toit Ni Toi" de Valentina CASADEI

📅 14 avril 2024

      L’Altérité publie un extrait du dernier recueil de Valentina Casadei intitulé « Sans toit ni toi » relatif au sans-abrisme. Le mélange de compassion et l'absence de concession que l’auteure témoigne à l'égard des multiples personnages dont elle fait un portrait juste nous conforment l'idée selon laquelle, finalement, les pauvres, c’est emmerdant. Mais il faut le faire. On ne les aime pas pour soi. On ne les aime pas pour eux non plus parce qu’on ne les connait pas. Il ne faut rien attendre d’eux. Et ils n’attendent rien d’autre de nous que la soupe qui ne sera, d’ailleurs, jamais assez bonne. Mais il faut le faire. S’ils gueulent, ils gueulent. S’ils rechignent, ils rechignent. S’ils se disputent, ils se disputent. S’ils ne disent pas merci, ils ne disent pas merci. Mais il faut le faire. Ils sont mortaise. Et nous tenon. Comme la roche qui tient dans l’enrochement. De cette complémentarité objective et universelle telle que la nature nous en donne l’exemple, ils tirent la satisfaction d’un besoin primaire dont il est inutile de juger leur impossibilité à le satisfaire eux même. Et nous sommes partie de cette symbiose, de cette biologie réciproque qui rééquilibre le monde. « Le borderline le bipolaire le schizophrène le dépressif le maniaque le narcissique le grandiose le vulnérable le pervers le pédophile le toxicomane le névrosé le dissocié le fugitif le violent le compulsif… » ne sont pas des parasites. Ils sont. Il faut le faire. Le faire, c’est faire avec. Faire avec, c’est échanger. Echanger, c’est se convaincre qu’il n’y a peut-être pas d’autre morale que la nature, que le Dieu optimisant de Leibnitz face à l’homme maximisant c’est-à-dire, finalement, l’homme parasite de lui-même. Mais comme cette rationalité mécaniste nous glace un peu même si elle vise à atténuer l’empire de nos mesquins affects, sourions en tendant la soupe.  Et cueillons dans cette boue, le sourire d’une fleur de lotus.

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"Le lundi suivant

Olivier commande toujours pour deux

les plats habituels, les boissons habituelles je ne dis rien, je le sers

mais c'est lui qui me parle

il me dit que sa femme a les mêmes goûts que lui les mêmes goûts de chair électrique, d’os

j'essaie de ne pas être trop intrusive

je lui demande si c'est pour elle qu'il prend aussi un verre Olivier acquiesce et s'éloigne

prêt à la rejoindre

elle l'attend, assise à sa place habituelle sur la petite colline

juste devant le stand

sa transparence à l'ombre d'un tilleul"